RSS

EL MOUDJAHID, UN JOURNAL DE COMBAT (1956-1962) Plein titre de la Révolution de Novembre 1954

7 juillet 2012

Kaddour M'Hamsadji

EL MOUDJAHID, UN JOURNAL DE COMBAT (1956-1962)  Plein titre de la Révolution de Novembre 1954 dans Kaddour M'Hamsadji El-Moudjahid-211x300Mercredi 04 Juillet 2012

Par Kaddour M’HAMSADJI

une épopée fondamentalement populaire et libératrice a trouvé sa totale expression de Vérité dans son propre organe de presse né au maquis.

Sur le choix du titre – El Moudjahid -, en pleine guerre de Libération nationale, la claire motivation et l’évidente explication sont exposées dans le très utile opuscule El Moudjahid, Un journal de combat (1956-1962) (*). Sous l’intitulé général «Articles non signés», nous lisons dans «Bulletin de naissance», p. 83 et suivantes, ces très éclairants extraits: «La portée politique immense de la guerre en cours, les exploits prestigieux des moudjahidine, les souffrances inouïes qu’avec un rare esprit de sacrifice le peuple algérien subit du fait de la soldatesque impérialiste avaient besoin d’être connus. Certes, la vérité sur les glorieux faits d’armes des nôtres transparaît à travers même les mensonges officiels français, les informations des journaux colonialistes et le désarroi du gouvernement français. [...]
C’est donc là un besoin primordial auquel El Moudjahid dans sa présentation de fortune, essayera de donner satisfaction. D’aucuns s’étonneront, sans doute, du choix du titre qu’ils pourraient croire inspiré par un quelconque sectarisme politique ou par un quelconque rigorisme religieux, alors que notre but est de nous libérer d’un carcan colonialiste dénationalisant, pour une démocratie et une égalité entre tous les Algériens sans distinction de race ou de religion. Il faut répondre. Le mot «djihad (guerre sainte) duquel dérive «El Moudjahid» (combattant de la foi) a toujours été, en raison d’un préjugé anti-islamique datant des croisades, pris en Occident chrétien dans un sens borné et restrictif. Il serait symbole d’agressivité religieuse. Cette interprétation est déjà rendue absurde par le fait même que l’Islam est tolérant et que le respect des religions, en particulier le christianisme et le judaïsme est une de ses prescriptions fondamentales, d’ailleurs mise en pratique au cours des siècles. Le djihad réduit à l’essentiel est tout simplement une manifestation dynamique d’auto-défense pour la préservation ou le recouvrement d’un patrimoine de valeurs supérieures et indispensables à l’individu et à la cité. Il est aussi la volonté de se parfaire continuellement dans tous les domaines. Il se trouve que l’Islam fut précisément en Algérie le dernier refuge de ces valeurs pourchassées et profanées par un colonialisme outrancier. Est-il étonnant, dès lors que, se recouvrant d’une conscience nationale, il vienne contribuer au triomphe d’une juste cause?»
Dès les premières lignes de l’opuscule, le lecteur apprend que «La Révolution a pris conscience de la nécessité de disposer de canaux d’information, afin de déjouer les plans de ses ennemis. Elle a senti précocement l’obligation de mener le combat sur le front de l’information, de mobiliser le peuple autour des objectifs cardinaux de notre lutte de libération nationale. Il fallait riposter à des campagnes de désinformation, de manipulations, combattre une propagande subversive destinée à isoler les moudjahidine, à pourfendre l’élan imprimé à la lutte libératrice.» On y traite de «L’écho saillant de la lutte armée», du sens du journal «Un titre, une devise», de «La question de l’information, de l’adhésion des masses populaires, de la mobilisation de l’opinion internationale autour des objectifs de la Révolution de Novembre 1954», des «120 numéros publiés», de «L’information, une arme capitale au service de la Révolution», de «L’épisode des numéros tronqués», des moyens «Une ronéo, une machine à écrire et rien d’autre» et d’«Un journal de… 70 feuillets». On y lit de nombreux détails au sujet de la rédaction (assurée par différents auteurs militants), de l’éditorial («rédigé soit par Abane, soit par Larbi Ben M’hidi, soit par Saâd Dahleb ou d’autres cadres», de la frappe (Nassima Hablal et plus tard par Izza Bouzekri),… Dans un autre riche article de présentation, émaillé de quelques fraîches anecdotes, Réda Malek évoque avec finesse et précision «El Moudjahid, organe idéologique de la Révolution». Il s’étend largement sur l’évolution matérielle du journal, sur les succès remportés auprès des Algériens et des amis de l’Algérie combattante et sur quelques déconvenues rencontrées. En somme, «C’est dans de telles conditions, écrit Réda Malek, qu’El Moudjahid était devenu une sorte de creuset idéologique, un carrefour de tous les courants d’idées surgies du feu de la lutte qu’il fallait prendre en compte, rationaliser, traduire en un langage simple, compréhensible par tous. [...] Tel était le style d’El Moudjahid.»
D’autres articles encore sont à lire; ce sont autant de récits de grandes valeurs historiques que de souvenirs heureux ou douloureux où l’âme de l’Algérien de 2012 trouve la raison essentielle de sa fierté d’aujourd’hui. Ainsi Pierre Chaulet se souvient de sa «Participation à la rédaction d’El Moudjahid, 1956-1962», Zahir Ihaddaden témoigne en rappelant quelques étapes (Alger, Tétouan, Tunis, «Avec El Moudjahid, 1956-1962». Une partie de l’opuscule est réservée aux «Articles signés par les historiques». Par exemple: «Un nouveau chapitre de la Révolution algérienne s’ouvre» par Ramdane Abane; «Objectifs fondamentaux de notre Révolution» par Mohammed Labri Ben M’hidi, chef de zone; «Mission libératrice de l’ALN» par Abdelhafid Boussouf, officier de l’ALN, chef-adjoint de zone; Lakhdar Bentobbal, commandant-adjoint de la Wilaya II; «De la «pacification» à la réalité: le vrai visage de la pacification», par Belkacem Krim; d’autres, de Slimane Dhiles, Saâd Dahleb, Colonel Saddek.
On pourra lire aussi de très importants articles non signés: «Bulletin de naissance», «Démoralisation de l’ennemi», «Un mirage: le Sahara français…», «Les Membres du CNRA tombés au champ d’honneur: Ben Boulaïd, Zirout, Ben M’hidi, Mellah», «Le nouveau «préalable», «L’indépendance nationale pour un Maghreb unifié», «Les dix commandements de l’ALN».
En fin d’opuscule, sont insérés: deux portraits (celui de Abdallah Cheriet: Un militant de la plume et celui de Fanon, journaliste des peuples colonisés), des Annexes (Chrono [1er Novembre 1954 à 1984] du journal El Moudjahid), un article El Moudjahid, un instrument de lutte du peuple algérien (signé par la rédaction, Tunis, le 30 mai 1962), une «fiche signalétique» du journal, une double liste d’auteurs vivants et d’auteurs décédés ayant participé à l’épopée. Quelques photos-documents dont ceux de travail (rédaction, frappe, montage, tirage, correction, lecture) terminent avec émotion la grandiose épopée et où l’on reconnaît de nombreux militants. En cette veille du Cinquantenaire de l’Indépendance retrouvée (1962-2012), contre l’oubli, contre l’ignorance, contre le défaitisme, souvenons-nous: la Révolution Algérienne a été une lutte de libération nationale, mais également un exemple de lutte de libération et un soutien pour tous les peuples opprimés, – Gloire à nos Martyrs et à nos Moudjahidine de tous les temps!

(*) El Moudjahid, Un journal de combat (1956-1962), Plusieurs contributions d’archives, Éditions ANEP – El Moudjahid, Alger, 2011, 143 pages.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

Voir tous les articles de Artisan de l'ombre

9 Réponses à “EL MOUDJAHID, UN JOURNAL DE COMBAT (1956-1962) Plein titre de la Révolution de Novembre 1954”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    El Moudjahid est un quotidien généraliste algérien en langue française. Il est l’un des 6 titres de la presse étatique (publique) en Algérie.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

    Répondre

  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Création et historique

    C’est en juin 1956, en pleine guerre d’Algérie, que le journal El Moudjahid est fondé. Organe de communication du FLN, le journal a été qualifié « d’école de la Révolution algérienne »1 par Rédha Malek, ancien Premier ministre algérien et ancien directeur de la version francophone de El Moudjahid (1957 à 1963). Six numéros d’El Moudjahid paraîtront clandestinement de juin 1956 à janvier 1957, à Alger. Le numéro sept (07), à la veille de la grève des huit jours de Janvier/Février 1957, sera saisi et les moyens d’impression détruits lors d’une opération des paras de l’armée française. El Moudjahid reparaîtra à Tétouan, le 5 Août 1957, sous le numéro 8 puis à Tunis, à partir du n°11, daté du 1er Novembre 19572.
    Le 22 juin 1965, soit trois jours après le coup d’État du 19 juin 1965, El Moudjahid fut proclamé quotidien national d’information dans une période où les aménagements apportés dans le champ médiatique par les pouvoirs publics apportent leur lot de fusion et d’absorption entre les quotidiens existants (tels que Alger Républicain, Le Peuple,…). Le journal a connu son heure de gloire avec Noureddine Naït-Mazi, rédacteur en chef pendant les décennies 70 et 80.
    Au début des années 1990, la presse privée a été autorisée, ce qui a incité des dizaines de journalistes à quitter le quotidien pour créer leur propre journal. Malgré cette saignée des effectifs et l’essor de ces nouveaux concurrents, El Moudjahid réussit à se maintenir, tant bien que mal, sur la scène médiatique algérienne.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

    Répondre

  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Contenu et format

    Le journal a adopté le format tabloïd. Sa devise est « La révolution par le peuple et pour le peuple »
    Son contenu est généraliste et réserve une grande place à la couverture des activités présidentielles et gouvernementales. Il se distingue notamment par sa rubrique « Coopération » dans laquelle divers renseignements au sujet des activités diplomatiques du Chef de l’État et des ministres sont publiés3.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

    Répondre

  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Les forums El Moudjahid

    Si le quotidien a beaucoup souffert de l’ouverture du champ médiatique de 1990, il a su rebondir par le biais de son centre de presse qui organise régulièrement des forums sur divers sujets d’actualité nationale ou internationale. Ces forums permettent à El Moudjahid de continuer à créer l’évènement. Parmi les invités, on y trouve des ministres, des ambassadeurs, des intellectuels, des responsables syndicaux, des chefs d’entreprise, des figures historiques, etc4.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

    Répondre

  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Site internet

    El Moudjahid possède l’un des sites internet les plus modernes de toute la presse algérienne5. Les informations sont régulièrement mises à jour et le site est consultable en 4 langues (français, arabe, anglais, espagnol).

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

    Répondre

  6. Artisans de l'ombre Dit :

    Tirage
    Les derniers chiffres officiels remontent à l’année 20066. Cette année-là, El Moudjahid affichait un tirage de 17 500 exemplaires selon le Ministère de la communication algérien. Ce chiffre le classe en 9e position des tirages de la presse quotidienne algérienne et en 6e position si l’on ne tient compte que des quotidiens francophones généralistes. En outre, il est le chef de file en matière de presse publique.
    En juillet 2007, le quotidien arabophone El Khabar a publié un sondage réalisé par l’institut IMMAR7. Ce sondage classe El Moudjahid en 8e position des quotidiens les plus lus de la région est du pays et en 10e position dans les régions ouest et sud de l’Algérie.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

    Répondre

  7. Artisans de l'ombre Dit :

    Lancement du mensuel Politis

    Le 28 septembre 2011, El Moudjahid lance un nouveau mensuel intitulé Politis. Il s’agit d’une revue de géostratégie et de politique internationale éditée sous forme d’un cahier de 56 pages en couleur dont le prix de vente est de 150 dinars algériens (un peu plus de 1 euro)8. Le premier numéro est consacré à la thématique du terrorisme et de la lutte antiterroriste.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

    Répondre

  8. Artisans de l'ombre Dit :

    Notes et références

    ↑ El Moudjahid fête son 55e anniversaire : Une école de la révolution [archive]
    ↑ 50ème Anniversaire de la création du journal El-Moudjahid [archive]
    ↑ Page « coopération » sur le site internet d’El Moudjahid [archive]
    ↑ Tag « Forum El Moudjahid » sur le site internet du journal [archive]
    ↑ Fiche d’El Moudjahid sur le site de Courrier International [archive]
    ↑ Chiffres officiels des tirages de la presse algérienne 2006 [archive]
    ↑ Sondage IMMAR juillet 2007 [archive]
    ↑ article intitulé « Parution de Politis, une nouvelle revue éditée par El Moudjahid : Une première dans les annales du journal » [archive]

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

    Répondre

Laisser un commentaire

Les livres de K79 |
liremapassion |
Le phaéton véloce |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Des histoires plein la tête.
| Oaristys
| jonathanjoyeux