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L’envers de la médaille par Zoubeida Mameria

9 juillet 2012

Zoubeïda Mameria

L’envers de la médaille par Zoubeida Mameria : «La guerre a complètement anéanti Amar, elle l’a rendu spectre de la mort»

 

L’ivrEscQ : Avant de rentrer dans le fond du roman, dites-nous d’abord quelle est la part de la fiction et celle de l’autobiographie dans L’Envers de la médaille ?
Zoubaïda Mameria : Tout écrivain, quand il se met à écrire, ne peut pas mettre de côté son «moi». Il a vécu peu ou prou les événements qu’il va raconter dans son expérience d’écriture. Les choses dont il va parler, il les a soit reçues, sous forme de récits…, soit il les a carrément vécues. Et là, je crois qu’indubitablement l’aspect autobiographique et la fiction s’entremêlent et forment une corde de la trame qui nous lie à notre humanité…

L. : On découvre plusieurs personnages, on est dans plusieurs époques à la fois. On va du constat du plus jeune à celui de l’aïeul, et on sent que vous donnez la part de chaque génération… Comment réussir ce pari ?
Z. M. : Eh bien, tout simplement, en prenant l’itinéraire d’une saga familiale. Là, a fortiori, vous avez l’apport de plusieurs générations et des personnages relais. C’est le fil conducteur de l’histoire, la grande histoire événementielle. Vous avez donc trois périodes qui vont se suivre. Malheureusement, elles sont secouées par des guerres. La Première Guerre mondiale, la Seconde et la nôtre (car j’appelle les guerres mondiales les guerres des autres chez nous… C’est donc mon constat, car je n’ai fait que vivre la guerre, et je suis née avec. On m’a racontée un tas de choses sur les guerres passées, les gens sont intimement, fondamentalement secoués par les batailles vécues depuis la colonisation, et ce jusqu’à l’indépendance. Et donc je me suis posée la question si je connaissais autre chose que la guerre, c’est-à-dire la paix. Et je me suis aperçue qu’il fallait que je mette toutes ces luttes-là à plat. Une mise à plat urgente et nécessaire, j’allais dire salutaire.

L. : Les personnages phares du roman : Hadda, Amar, Youssef, incitent le lecteur à comprendre que vous évoquez autant la femme que l’homme, autrement dit, on ne vous sent pas fixée uniquement sur la femme…
Z. M. : Oui, vous remarquez qu’il y a toujours femmes et hommes. Pourquoi ? Parce que dans mon roman l’Envers de la médaille, l’homme va avoir la médaille, mais l’envers de la médaille, c’est la femme qui va la vivre ; en fait, c’est la famille, et dans le noyau familial, l’homme est guerrier, et lorsqu’il part, sa moitié veille sur leur toit. Hadda est vaillante. Elle ne va pas faire la guerre, mais plutôt la subir. Ce sont les contrecoups des événements vécus par son mari qui vont faire d’elle une personne seule, frustrée… et qu’elle va garder tout cela au fond de son être, de sa mémoire comme les fameuses lettres de la mallette dans mon récit.

L. : Oui, mais avant cela, c’est une femme jeune, belle, avec de beaux cheveux noirs, elle est de surcroît très amoureuse de son mari, qui est d’ailleurs son cousin…
Z. M. : Je suis d’accord avec vous, mais que restera-t-il de cet amour, sinon quelques évocations, quelques soubresauts ? Ce corps jeune qui a envie d’être aimé gardera les sensations fugaces des premières étreintes…puis tout cela sera remplacé par le respect, la fidélité, la pudeur… Hadda a vécu cette violence dont personne n’osera parler.

L. : On a parlé au commencement de cet entretien de la superposition de plusieurs époques. Pour preuve, on est par exemple dans l’après-guerre et ensuite on revient à la guerre. De quelle manière est construit votre roman, vu sa densité… ?
Z. M. : Il y a d’abord la chronologie. J’ai pratiquement daté les parties. Celle du départ à la guerre 1914/18, qui est un événement très fort qui a marqué les gens, notamment les paysans que le caïd va offrir à la France, puis l’entre-deux guerres, la Seconde Guerre mondiale, le 08 Mai 45 et enfin la guerre d’Algérie, notre Guerre. Vous remarquez que les Algériens n’ont fait que vivre des guerres, comment voulez-vous qu’ils envisagent la paix? Mais derrière cette chronologie historique très connue, il y a un vécu, un quotidien qui s’étire au gré des traditions locales dans différents espaces : le douar, la ville, la grande maison, le maquis…

L. : À un certain moment de la narration d’ailleurs, vous avez tenté de tuer l’un de vos personnages-clés, Amar, et puis vous le ressuscitez. Est-ce pour montrer l’aspect pénible de la vie après la guerre ou simplement pour l’intrigue ?
Z. M. : C’est pour les deux. Amar «vit» dans les méandres ténébreux des circonstances vécues. Il est achevé. Il n’a même plus de souvenirs, ni de repères, c’est pratiquement un zombi dans un corps décoré. Et là, c’est Hadda en femme battante qui tente de préserver ce qui reste de son mari. Je décris dans ce fragment de mon texte, le côté bien particulier de l’Algérienne qui aime son homme d’une autre façon plus intense peut-être que celle d’une occidentale, néanmoins, dans la discrétion et la pudeur, c’est profond et aucunement superficiel. Les femmes d’antan n’exhibaient pas leur amour comme dans les cultures occidentales, notamment française : c’est un trait de notre culture. Hadda, mon personnage, est pareille à ces femmes d’avant. Elle aime de tout son être son mari Amar, cependant cet attachement passionnel reste balbutié, voire totalement contenu, de même chez mes autres personnages féminins qui restent enfermés dans leur silence…

L. : Il y a aussi ce côté à la fois mystérieux et terrifiant qu’est la ceinture de chasteté, le rôle de M’safha dans votre roman est prépondérant…
Z. M. : En effet, dans mon roman, M’safha terrifie les hommes les plus hardis, notamment Ahmed, personnage rebelle de cette région, et leur virilité en dépend. Dans cette partie du récit, M’safha est victime de cette pratique qu’elle tente de reproduire, puisque celle qui l’a cadenassée n’est plus de ce monde. En fait dans la réalité, les vieilles du douar ont trouvé cette astuce du «cadenas de chasteté» qui protège les vierges contre toute tentative d’assaut sexuel…

http://www.livrescq.com/livrescq/?p=1503

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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