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Notes de lecture, «Fragments d’histoire et brins de croyance» de Zoubeida Mameria : Quand l’enfance conte une région

9 juillet 2012

Zoubeïda Mameria

 Notes de lecture, «Fragments d’histoire et brins de croyance» de Zoubeida Mameria : Quand l’enfance conte une région dans Zoubeïda Mameria culture5_504026_465x348-9e188-300x224Raconter à voix feutrée les quelques souvenirs marquants qu’aura retenu la mémoire, aller au plus profond de son âme d’enfant pour explorer les lieux sacrés que des hommes de foi ont autrefois foulé, revoir les images saisissantes comme si c’était hier, les histoires de famille qui ont tissé les liens particuliers d’une époque, c’est en quelque sorte déplier le long fil d’Ariane d’une région à travers les périodes de son histoire.trans dans Zoubeïda Mameria
Dans Fragments d’histoire et brins de croyance Zoubeida Mameria, qui a fait carrière dans l’éducation et qui est actuellement cadre au ministère de la Culture, se souvient pratiquement de tout ce qui a fait la singularité de son village natal à Souk-Ahras et des moments denses de mémoire où elle se rappelle à travers le texte de ses 18 nouvelles des moindres recoins de son enfance bercée par l’esprit communautaire de ses gens qui n’avaient pour seule armure contre un colonialisme bête et méchant et qui les désignait comme des êtres sauvages dont les coutumes sont à proscrire, que la pratique d’un islam fait de piété et de patience qui traduisait sous l’occupation  une identité façonnée de croyances héritées d’un lointain passé entre les mausolées des pieux marabouts, des diseuses de bonnes aventure (guezzana), des chefs de tribus (caïds) comme El Kéblouti, des maisonnées remplies de femmes et d’enfants régies comme une société secrète par une aïeule au pouvoir omnipotent sur toutes les femmes de cette société fermée. L’auteur raconte en fait dans ses nouvelles, des segments d’une même histoire avec force détails — Nous avons à ce titre remarqué l’emploi des mots en langue arabe d’origine, des mots qui sont intégrés dans le texte et qui constituent des points de références culturelles incontournables — et nous fait voyager à travers des récits colorés dans ce qui faisait le cachet spécial de toute une culture algérienne coincée entre les codes de l’indigénat et les rituels des fêtes religieuses du mawlid ennabaoui que les familles en rangs serrés célébreraient dans une ambiances fraternelle et de communion de pensées autour du Kanoun. Les souvenirs s’égrènent ainsi au fil des pages où les petites histoires contées nous font revivre un pan d’une époque qui malgré la présence étrangère n’empêchait pas les populations cantonnées dans les quartiers pauvres d’observer dans un respect strict leurs traditions ancestrales mélées de croyances et de superstitions. Cet écrivain qui tente à travers sa propre mémoire de décrire la communauté algérienne avec ses us et coutumes nous emmène dans ses nouvelles aux thèmes intéressants dans un univers, celui d’un passé qui réhabilite à sa juste mesure et valeur l’image authentique de la société algérienne dans ce conglomérat de population aux origines multiples qui n’étaient pas aussi séparées les unes des autres puisqu’elles se côtoyaient souvent dans un même espace et que des liens se tissaient entre elles. Même si, il semble y avoir  une paroi étanche entre elles et qu’elles ne franchissaient pas certaines limites, une sorte de mur invisible dans la pratique des confessions religieuses, l’auteur nous présente un imaginaire assez attrayant dans l’écriture qu’elle a su reconstruire qui n’est pas aussi monolithique qu’on le pense mais au contraire aux attraits multiples puisque les femmes d’officiers français tombent éperdument amoureuses d’autochtones de souche arabe, que certaines se convertissent à l’islam malgré leurs différences, que de jeunes écolières juives fréquentent de jeunes Arabes, qu’un pied-noir d’origine italienne apparait comme un colon sympathique qui n’a pour seul amitié dans ce nouveau pays conquis que celle qu’il entretient avec un indigène pauvre qu’il prend sous son aile au point de l’adopter comme son fils .
Fragments d’histoire et brins de croyance de Zoubeida Mameria est un coup d’essai réussi dans la mesure où il nous ouvre les portes d’un univers magique, fait de lumières et d’ombres avec une sincérité qui émeut parfois dans certains passages.

Lynda Graba
Fragments d’histoire et brins de croyance de Zoubeida, nouvelles, aux éditions APIC, Alger 2011.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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