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Un polygame peut en cacher un autre ! Par Ahmed Halli

9 juillet 2012

Ahmed Halli

Chronique du jour : KIOSQUE ARABE

halliahmed@hotmail.com
La tomate qui n’a pas de religion au moment où elle atteignait des niveaux de prix vertigineux en a subitement une au début de l’été. Lorsqu’elle est enfin accessible, en termes de prix, et peut s’isoler, en toute légitimité, avec son pendant mâle le piment. Ceux qui décident de faire de nous des élus du paradis en nous menant une vie infernale ici-bas, ont percé à jour la tomate. La tomate est chrétienne, mesdames puisque vous êtes concernées par sa féminité, et des images diffusées sur internet vous le prouvent.
Il suffit, disent-ils, de découper la tomate horizontalement comme on le ferait à son épouse réfractaire et la tromperie apparaît. La vérité se montre enfin, dans sa cruelle nudité, sous la forme d’une croix, révélant la croyance en la «Sainte Trinité», et l’œuvre satanique du «Malin». Oui ! La tomate est chrétienne, vous le savez, enfin, et vous ne prendrez plus le risque de vous damner pour elle, en la payant trop cher. Il y a quelque temps, on vous mettait en garde contre les diaboliques tentations d’une carotte qu’on épluche. On vous faisait entrevoir les affres du purgatoire pour avoir regardé trop fixement et trop longtemps un concombre de belle taille sur l’étalage d’un marchand assis sur le vieux tableau d’une mercuriale de jadis. Ah la mercuriale ! Voilà une défunte qui a échappé aux classifications religieuses, faute de n’avoir pas connu le «delirium tremens» qu’il est possible de se payer aujourd’hui sans passer par la case de l’alcoolisme. Le nouveau délire, seule la couleur des éléphants a changé, et les souris sortent des murs voilées. S’il n’y avait que ça, mesdames, je ne me serais pas mis en peine de vous mettre en scène, avec ou sans hidjab, mais avec le regard pénétrant des censeurs. Ces jours-ci, les Égyptiens ont élu un président islamiste, Mohamed Morsi. Du coup, les militants du mouvement des Frères musulmans et leurs alliés fondamentalistes, exercent leurs pressions, qui par fatwas qui par déclarations comminatoires. D’ores et déjà, le parti fondamentaliste Nour a mis en garde contre l’idée de choisir un copte, voire une femme, comme vice-présidents de la République. Un choix illégitime au regard de la Charia, selon l’un des dirigeants les plus en vue du parti salafiste. Comme il n’est plus question d’imposer le hidjab à une société désormais voilée à une écrasante majorité, il fallait penser à d’autres formules pour la préservation du carcan féminin. Comme les hadiths sont trop nombreux, contestables et contestés, des islamistes ont brandi l’arme fatale des polygames invétérés : le verset 3 de la sourate 4 du Coran. Ce verset dit en résumé que les hommes (les mâles bien sûr) peuvent épouser plusieurs femmes, mais en prenant soin de les traiter avec équité, et il est précisé : Ayez-en deux, trois ou quatre, mais si vous craignez d’être injustes, une seule ou bien des esclaves de peur d’être injustes. Or, après avoir fait fi durant des siècles de l’avertissement divin proclamant que l’iniquité est indissociable de la polygamie, les islamistes semblent se rebiffer. Ils craignent soudain d’être injustes et ils s’empressent de se rabattre sur la partie non contestable, en la forme, qui évoque la possibilité de posséder des esclaves (sexuelles).(1) Attention ! Un polygame peut en cacher un autre ! Le grand sujet de débat est donc la possibilité pour les parlementaires égyptiens de voter une loi légalisant le commerce des odalisques, de façon à permettre aux Égyptiens de rester polygames de fait, tout en ayant une seule épouse légale. Ainsi, les bons musulmans pourront en toute bonne conscience se dire qu’ils pourront satisfaire tous leurs désirs sans risquer de mécontenter Dieu, en étant injustes(2). Ce qui est une clause de style, car ces messieurs n’ont jamais attendu de remplir toutes les conditions pour le passage à l’acte. Alors, vous mesdames qui prétendez mettre vos maris à l’abri du péché en les mariant avec leurs secrétaires, vous aurez tout le loisir d’apprécier ce coup de Jarnac. Bien sûr, cet Occident décrié a voté et imposé l’interdiction de l’esclavage, y compris aux pays les plus réfractaires à la liberté comme le royaume wahhabite. Mais soyez rassurées, mesdames les éducatrices de générations nouvelles de harraga, que l’Occident, et l’Amérique en particulier, se fichent éperdument que vous soyez une ou plusieurs à hanter les harems. Heureusement qu’il y a encore des femmes qui réfléchissent à votre place et se battent pour vous, pendant que vous polissez les ors de vos chaînes. La Saoudienne Wajiha Koweidar, dont j’apprécie particulièrement l’acidité et la verve, ne perd pas une occasion de contester la suprématie masculine, y compris dans la couleur des vêtements. Évoquant l’accident de train récent qui a fait plusieurs victimes, essentiellement des femmes, l’écrivaine dénonce la tenue imposée aux femmes et qui paralyse leurs mouvements. Pour elles, c’est parce que ces Saoudiennes étaient empêtrées dans des djilbabs qu’elles n’ont pu avoir le temps et la liberté de quitter les wagons sinistrés. Elles étaient plus tiraillées par le souci de préserver leur «pudeur» que par la nécessité de sauver leurs vies. Wajiha rappelle qu’en 2002, quinze élèves d’une école de filles de La Mecque avaient péri dans un incendie parce que les pompiers n’avaient pas été autorisés à les voir sans leurs «soutanes». Et puis, ajoute-telle, pourquoi la couleur noire resterait-elle réservée aux femmes, et pourquoi les hommes ne troqueraient pas leurs gandouras blanches contre des djilbabs noirs ?
A. H.

(1) D’où la subtile distinction entretenue autour du statut des épouses, des favorites et des servantes, et l’éternelle polémique sur le chiffre exact des femmes du harem du Prophète.
(2) Il y en a qui, sur le tard, n’ont jamais voulu risquer de s’attirer les foudres divines en essayant de contenter les femmes. Ce qui est aberrant de la part de personnes qui ont tout fait pour les satisfaire, du temps où jeunesse pouvait, et que vieillesse couvait.


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/07/09/article.php?sid=136471&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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