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Que reste-t-il après le faste… du 5 Juillet ? par El Yazid Dib

14 juillet 2012

El Yazid Dib

Rien. Presque une demi-chose. Une joie à moitié bue. Juste une grâce matinée et un bout d’officialité ébréchée. Tout s’est finalement et subitement éteint au lendemain d’une nuitée nerveuse et foudroyée par des feux d’artifice. 

Le cinquantenaire s’est vécu dans l’indifférence des gens. A l’exception de chez qui un ordre de mission ou une charge fonctionnelle quelconque est une invitation forcée à être de la partie. Tous, ne l’ont pas subit dans l’alternance joviale qui devait par principe animer chaque citoyen. La fête se devait comme en 1962, se concevoir dans sa version originale, spontanée, générale et gratuite. Or, elle s’est confinée dans certaines wilayas, si comme il s’agissait d’une communion familiale de l’un des rejetons du gouverneur du coin. On n’invite pas des fragments du peuple à une cérémonie qui est censée être la leur. Il n’est pas question de privatiser encore moins d’administrer une liesse par essence populaire. Un bal en pleine rue, sans protocole, ni carton d’accès, ni cordon de sécurité aurait fait grandement joie au sein des enfants qui encore et toujours n’arrivent pas à déchiffrer ce qui se passe.

LA STELE ET LE PAPIER HYGIENIQUE

Quand les uns, fanfare et sentiments en main, inaugurent des stèles et des halles d’expositions avec ces fenêtres ouvertes sur un passé décliné en progression ; les autres baptisent des usines de couches-bébé. Quand les uns observent une diète en souvenance de l’abstinence contraignante qui taraudait les intestins des mômes, les autres se font offrir un festin de méchoui et jubilent en public aux privés privilégiant l’argent des banques et des crédits à long terme. C’est cette drôle de façon de vouloir organiser selon son humeur obsolète, la célébration d’un anniversaire de tout le monde, qui fait jaser les rouspéteurs et les mis en marge de l’événement. Un 5 juillet n’est pas une journée nationale de l’investissement ou une halte commémorative de mérite d’un patron confédéral ou d’un célèbre bénéficiaire d’avantages fiscaux. Il est un jour fédératif. Il appartient à tous, s’il ne symbolise pas par ailleurs une libération franche du mercantilisme fainéant et sans aptitude personnelle. Le 5 juillet on partage la fête, on ne fait pas participer un peuple à un intime operateur qui aurait réussi grâce juridiquement mais illégitimement aux vannes bancaires aisées à l’ouverture. Et puis ou est l’immense symbolique quand on jubile, un 5 juillet à la fabrication d’un papier-mouchoir ? Il fallait s’imprégner de ce que font les autres. A quelques encablures de là, l’autorité d’une autre cité s’affairait à renforcer l’histoire et corroborer la mémoire. Toute la « chiffrologie » liée à la postérité algérienne était à l’honneur en ce 5 juillet. Du 8 mai 45 au 1 novembre 1954, du 5 juillet 1962 jusqu’au 5 juillet 2012 ; c’est toute l’Algérie qui est exaltée. Et non un seul créneau d’un commun investissement. Ainsi dans cette ville, hélas on avait préféré un papier-hygiénique à toute une épopée historique.

LE SIGLE DU CINQUANTENAIRE ET LA PUBLICITE USUELLE

Le 06 juillet, la ville est livrée au silence peu commun. Rien ne renseigne qu’elle venait, la veille, de vivre un temps événementiel. Les panneaux moches et mastodontes, défigurant la nature urbaine sont toujours les mêmes. La pub d’un savon, d’une boisson n’ont pu permettre au visiteur du 6 juillet de pouvoir se dire qu’il est dans un cinquantenaire. Aucun signe de sigle. L’ahurissement vous coupe l’haleine si vous venez en atterrissant dans ces lieux, d’autres lieux où le sigle vous étouffe à chaque coin de rue. Dans les Aurès, il est devenu ce sigle un décor urbain et domestique. Il est arboré partout, dans les taxis, les bus, les arrêts, les commerces. Devenant un pin’s, une cravate, un jouet ; il orne pompeusement les frontons de tous les édifices des immeubles officiels. En couleur et en lumière. En gras et gros. Dans cette contrée l’histoire est une valeur sociale. On l’entretient chaque fois qu’elle surgit. Le cinquantenaire est un grand livre édité à l’occasion. C’est un dodu et volumineux opuscule qui ne peut par ailleurs exprimer que la hauteur de vue de son imprimeur et de son éditeur. On semble faire dans la durée et non dans l’éphémère et l’aléatoire ; cet ouvrage est un condensé de l’œuvre nationale. « El Khamsinia » est une dédicace de l’auteur collectif à la bravoure de la région. Il est aussi un marquage indélébile. Dans chaque commune un monument est autrement élevé en son honneur. La date est de ce fait à jamais incrustée dans la vie de la bourgade. Alors que dans cette autre ville, celle du 8 mai ; le sigle marquant le cinquantenaire, il faut le chercher. Les frontons des grands édifices publics sont dans leurs propres habitudes. Fades et ordinaires, ils donnent l’impression d’une continuité de vie banale. Certes belle et propre, la ville n’offre cependant pas les traces d’une grande festivité. Seul l’écho parvient à susurrer qu’hier Cheb Mami a chanté, les engins de la commune ont défilé, les scouts ont vociféré leur credo, pas plus. La vue au 6 juillet est aveugle pour faire un constat d’un cinquantenaire. Le sigle est peut être dans une liasse de bons de commandes non honorés. Le souvenir rejaillit quand la ville célébrait le cinquantenaire de son jour martyr à cette date fatidique du 08 mai 1995. Le temps, à l’époque s’est longuement arrêté pour rendre palpables cette commémoration. La fête ne fut pas sèchement un gala fastueux ou un repas royal chez un gros client cambiaire et un acquéreur de surfaces foncières. Les fresques fusaient de partout. Elles renseignaient par leur art et beauté ce souci citadin de vouloir postériser l’héroïsme de la ville. Mais au fil du temps, par l’insouciance des officiers de la cité, les affres de la décrépitude avaient commencé leur terrible travail de déperdition. Si l’on ne sait pas garder une chose historique, que l’on fasse au moins l’effort à savoir la sauvegarder.

L’ARTIFICE ET LE FEU D’ARTIFICE

Peu importe le prix de la poudre détonnée par le feu, l’essentiel est dans l’artifice qu’il provoque. Le spectacle par rapport à l’événement demeure toutefois justifiable loin des règles de l’arithmétique budgétaire. Pour nombreux concitoyens, ces scènes pyrotechniques, vues pour la première fois ne sont outre la fabulation ; qu’une expression de l’importation interdite qui se pratique par les institutions. Pour d’autres peu nombreux, le souvenir remonte à des 14 juillet. La prise de la bastille s’est estompée de nos anciens livres d’histoire où les ancêtres de nous tous n’étaient autres que les gaulois, nous dupaient-ils. Il y a toujours du positif quelque part dans le feu et ses artifices. En dehors de la célébration, le feu offrait le spectacle. Pourquoi pas, l’institution adéquate ne s’en charge pas à l’occasion des Mouloud Ennabaoui de se prêter à péter pour les yeux des chérubins des quantités de pétards, créant de ce fait le ludique, le jovial et le préventif ? Ces jeux de couleurs, de flammèches et d’éclats ne peuvent se suspendre jusqu’à minuit pour faire exploser les cieux nocturnes de certaines wilayates. Il ne s’agit pas d’un réveillon ou d’un nouvel an. C’est le 5 juillet, le couronnement de tout un septennat de combat atroce et d’un siècle et quart de souffrance et d’injustice. Il se doit de se lever à tous les firmaments. L’indépendance et son recouvrement se sont opérés de jour, en pleine clarté. Ces pirouettes illuminant les horizons sombres sont faites aussi pour le plaisir des petits algériens. Le bruit, un temps durant a su éblouir pour reporter au lendemain les affres quotidiennes. L’artifice comme un enchantement a fait revivre également la gaieté populaire en perte de cours depuis bien longtemps. Les feux d’artifice sont des éléments de réjouissance sociale et obéissent à des paramètres d’explosion qui ne font nullement mal si l’on arrive, et c’est le cas ; à assurer leur maitrise. Mais l’artifice, comme élément de maquillage amblyope la réalité et travestit la vérité. Il les tient comme l’on tient des yeux béants face à la poudre. D’où, la fameuse poudre aux yeux. Les reformes scolaires, l’égalité des chances, la refonte politique, la recomposition gouvernementale, les promesses et les attentes sont du jus d’escampette. C’est là où tout l’artifice devient une potion magique d’éberluer le spectateur, de berner celui qui attend et d‘endormir davantage le songeur. Si les Chinois construisent nos routes et nos bâtiments, ils peuvent bien faire exploser les dynamites en neutralisant leurs effets et pacifiant leurs impacts. Voilà que le feu par artifice sert au moins à produire de la fête, au moment où l’artifice crée parfois la défaite et biaise par le feu et l’émeute, la nation et son entente.

LE 5 JUILLET CONTINUE EN ANNEE REPETITIVE

Ce 5 est une étendue, même de journée dans l’océan de toute une année. Que ceux qui doivent croire qu’ils ont raté le coche de l’événement se ressaisissent et confèrent à leur ville les lampions cinquantenaires qu’elle mérite. Un gala, une opérette, une chorégraphie jouée à même le sol sont naturellement intermittents et disparaissent juste à la tombée de rideau. Par contre, l’accaparement permanent des yeux permet de scanner dans la mémoire visuelle tous les ingrédients du cinquantenaire. Des graphies physiques, des ornements lumineux, car longuement circonstanciels valent bien quelques lanières d’aloco-bandes. Rendre imputrescible l’événement passe impérativement par l’action volontaire de le graver dans cette mémoire enfantine qui, laissée ainsi ne trouverait plus de place à cause d’abondance d’internet, de flash-disc, de rap et autres occupations. Les jeunes, il faudrait leur faire aimer le pays. Les occasions ne vont pas manquer durant l’année. Faites en sorte qu’ils retiennent leur présence en ce cinquantenaire. Ceci ne peut se passer qu4une fois le temps. On ne parle pas de premier cinquantenaire, car le second ne sera en fait qu’un centenaire.

5 OU 14 JUILLET, RIVE GAUCHE, SEINE ET RHONE ?

Ni le 5 ni le 14 juillet ne semble enthousiasmer nos compatriotes, affairés à repenser le ramadhan. Les vieux à faire leur pèlerinage au bled quand les jeunes se noient dans une crise liée à la déperdition identitaire. Tout se mêle, pêle-mêle chez cette frange juvénile comptabilisée dans la liste démographique des deux Etats. Elle ignore les chiffres de juillet et ne retient que le bal populaire organisé à travers toutes les communes de l’hexagone. L’ENTV arrive mal à se brancher par ses couacs dans les baladeurs de cette jeunesse pourtant algérienne. Juridiquement. En France, l’Algérie était présente par sa « culture » pour signaler à on ne sait qui la célébration de cet événement. L’argent comme dans le festival devait couler à flot du coté de l’institut du monde arabe. Les invités n’étaient forcement pas des nationaux résidents quelconques, des ouvriers métallurgistes ou autres sans-papiers. Triés sur le rang, les hôtes de la grande fête du 5 juillet n’avaient l’Algérie que comme payeur. Le rayonnement culturel institutionnel brille de mille absences sur le tissu démographique national l’étranger. Les nationaux des banlieues sont encore une énième fois déjetés de leur indépendance en extra-muros Eux aussi ils ne servent qu’à des justifications de la dépense publique en monnaie forte. On les joint comme pièces à conviction dans les bordereaux de transfert. C’est Chaba Yamina, qui se trouvait être en concert au 5 juillet à l’espace où naissent les œuvres littéraires algériennes les plus traduites dans le monde. Le centre culturel algérien à Paris ne semble pas avoir été trop emballé, ni engagé par et pour l’événement. Ceci serait du à une rupture de câble entre une hiérarchie médite et s’estimant docte et un démembrement extérieur indocile quêtant, comme dans un roman son autonomie.

CHEB, CHEBA , L’EURO ET LE NATIONALISME

Les villes, leur brouhaha et l’agitation officielle se sont vite rendues harassés. Seuls les déchets des orgies de défilés emplissent les boulevards squattés un moment aux habituels badauds. Mami empochant son milliard sans en dépenser un sou chez les restos autochtones de Sétif n’aurait lui aussi laissé qu’un air flottant et des mines patibulaires se prêtant au jeu de gueules de bois. Le chanteur n’était pas le bienvenu eu égard au cachet exigé. Transportée comme un ministre, à l’arrière d’une limousine officielle, la star ignore qu’il est dans la ville du 8 mai 1945, préférant dire qu’il est dans une ville que l’on dit propre c’est tout. Son pactole aurait été honoré par une équation fiftyfifty dans une parité financière Etat/industriel privé. Le commentaire allait bon train suggérant qu’il fallait distribuer la somme allouée en des sommes de 1000 DA pour plus de 10 000 familles démunies. Ailleurs une artiste a fait des remous à Annaba. La commune privilégiait une agence de voyage à Beyrouth que d’annihiler les crevasses urbaines ou d’installer de l’aisance dans le pourtour du consulat de France laissant les demandeurs de visas faire le débit urinaire dans des sacs en plastique. A Oran Cheb Khaled n’aurait pas mis du cœur, du cinquantenaire et du nationalisme dans sa représentation. Voilà un peu le tableau « culturel » de ce jubilé d’une nation, hélas trahie. Des centaines de milliers, des prises en charges faramineuses en contre partie d’une ou de deux heures de vacarme, de rythme mal sonné et puis ? Qu’ont-ils donné ces chanteurs au pays ? Pour prendre l’emblème national et s’y enlacer en plein spectacle, ceci vaut-il des millions d’euro ? Nos supporters le font à chaque occasion encore quand ils n’ont pas à leur trousse les forces de l’ordre public. Pour la majorité de ces vedettes le service national n’est pas accompli. Aucun sou d’impôt n’est perçu, aucun débours n’est déboursé. L’Algérie les a certainement et suffisamment honorés. Ne peuvent-ils pas s’en passer du bon de commande et faire danser le peuple rien que pour l’Algérie ? Une façon de contribuer à renforcer leur nationalisme, sachant qu’ils raflent des chèques libellés en grandeur lors des nombreux festivals que le charmant et généreux office national persiste à organiser chaque moment. Ailleurs, sur les plateaux de télévisions étrangères, ils se disent prêts pour céder leurs droits aux associations de Sida ou à l’Abbé Pierre. Chez « eux » ils rouspètent le différé du paiement.

Voilà ce qui reste après le faste du 5 juillet. Un gout d’amertume et un peu de colère. Nous aurions vécu, quand bien même un anniversaire qui ne se répétera pas.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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