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L’AUTRUCHE ET LA PYRAMIDE

16 juillet 2012

Rachid Bali

Chronique

Détails
Publié le Dimanche, 01 juillet 2012 12:43
Écrit par Rachid Bali

Et  de quatre. Après Tunis, Tripoli et Rabat, c’est le Caire qui vient de céder aux sirènes islamistes. Curieusement, c’est  l’Algérie, pays  qui a ensemencé et distribué l’islam politique, qui fait mine de s’émouvoir de ces mutations et qui se pose comme la citadelle assiégée de la région que citoyens et partenaires devraient ménager, faute de quoi le grand chaos emporterait tout le monde.
Pourtant, à y regarder de près, les programmes scolaires tunisiens ou marocains ne sont pas, loin s’en faut, plus archaïques que les tables de régression qui mutilent l’enfance algérienne depuis un demi-siècle, aucun pouvoir ne songe à déplacer le week-end universel, et cela n’est pas là un détail,  et,à Tunis comme à Rabat, le code du statut personnel ou la moudawana ne sont en rien remis en cause. En tout cas pas pour le moment. Certes, rien n’est définitif en politique et les risques et menaces existeront dans tous les pays où une pratique démocratique fait suite à un ordre autocratique. Mais les sociétés civiles veillent sur des acquis toujours fragiles et, dans certaines occasions,notamment quand les gouvernements sont issus d’une coalition comme c’est le cas au Maroc,les voix s’élèvent au sein même de l’exécutif pour sonner l’alerte quand des tentations liberticides connotent une décision officielle. C’est le ministre de la jeunesse et des sports marocain qui a interpellé son collègue de la communication( islamiste ) quand ce dernier a voulu interdire, entre autre autres, la publicité des jeux à la télévision. A Tripoli, l’ancien premier ministre Mahmoud Jibril a démissionné quand il a entendu le président du CNT Abdeljallil annoncer sa volonté d’instaurer la chariâa. Il fut suivi d’ailleurs,pour les mêmes raisons,par d’autres membres de l’instance transitoire libyenne.
On voit mal un ministre algérien s’élever contre le projet démoniaque d’une mosquée de 120 000 places à Alger au moment où le pouvoir  bétonne les esplanades de la capitale pour empêcher les regroupements populaires.On n’a naturellement entendu aucun dirigeant dans l’Algérie révolutionnaire des années 80 s’indigner,et encore moins démissionner, quand le parlement adopta le statut de la famille le plus rétrograde de la rive sud de la Méditerranée. L’acteur politique algérien, si prompt à voir le péril chez le voisin, ne se résout toujours pas à admettre une évidence : son pays est la Mecque du terrorisme en Afrique du nord et dans la région sahélo-saharienne. Et cela ne tient pas du hasard.
Faut-il avoir plus peur de Morsi, de Benkirane, d’Abdejallil ou de Ghannouchi que de Belkhadem  qui vient de balayer les contestataires du FLN avec la double bénédiction des services spéciaux et de la présidence ? La question mérite d’être posée.
Dans les pays gérés par des gouvernements « officiellement islamistes », les peuples savent qu’il y a des mandats, des programmes et des responsables qui devront assumer leurs bilans le moment venu. Quand les règles de l’alternance et  les droits de la minorité sont respectés ; quand la suprématie de la loi prime sur toute autre considération, le jeu démocratique vaut d’être tenté. De telles conditions n’étaient malheureusement pas assurées en1991.
Après tout, l’Egypte vient d’entamer une salutaire démilitarisation de sa vie publique. Rien ne dit, pour l’instant, que l’expérience du Caire résonnera sur le mode d’Ankara qui a une histoire et une pratique de la laïcité sans équivalent dans le monde musulman. Mais dans la difficile construction de l’Etat de droit, le pays des pharaons a marqué des points fondamentaux. Pour la première fois dans l’histoire de la république égyptienne, un président civil est élu démocratiquement et l’armée, autoproclamée dépositaire éternel de la cohésion et de la sécurité nationales,  emprunte – même à reculons – et sous la pression citoyenne  le chemin des casernes. Cela fait partie des vrais moments de rupture historique dans la vie d’un peuple. On peut regretter que ces évolutions se soient toutes faites par l’accès au pouvoir des islamistes. Pouvait-il en être autrement quand on connait la fureur et la perfidie avec lesquelles les despotes arabes ont systématiquement laminé les partis démocratiques dans leur pays respectifs ? Cette répression longue et méthodique a, pour des raisons historiques et culturelles propres à l’Algérie, façonné des mentalités singulières.Au moment où les jeunes de la place Tahrir accompagnaient, la mort dans l’âme, la victoire de l’islamiste Morsi, pour en finir avec le règne militaire, verrou du destin égyptien, on lisait dans les colonnes du Soir d’Algérie une surprenante philippique de Mahdi Chérif, un ancien officier de l’armée qui avait pourtant eu maille à partir avec la Sécurité militaire. Inspirée par une volonté d’éclairer l’opinion publique sur le rôle joué par l’historien Mohamed Harbi dans l’exécution du jeune colonel Chabani au lendemain de l’indépendance, l’intervention, au ton ferme mais argumenté, n’a, hélas, pas  échappé à l’autocensure qui caractérise l’approche de nombre de débatteurs quand il faut traiter de la fonction et de la responsabilité de l’armée dans l’impasse  nationale. Mehdi chérif  perd tout sens de la mesure et se laisse rattraper, lui aussi, par les démons de l’infantilisme politique qui postule que le citoyen algérien est un mineur définitif auquel il faut un tuteur tout aussi définitif : l’armée. Comme beaucoup d’Algériens, souhaitant la démocratie mais redoutant, quand ils ne les combattent pas, ses normes et ses exigences, Mehdi Cherif, qui eut le courage d’un coming-out tonitruant dans la séquestration des restes des colonels Amirouche et Haoues, n’a pas pu se libérer de la loi du milieu qui interdit de parler en homme libre de l’armée.  Du coup, il s’automutile : il condamne l’exécution de Chabani, dont il convient que le poids de Boumediene, patron omnipotent de l’ANP qui attendait son heure, était déterminant et glorifie, avec  des accents populistes qui détonnent dans son texte, une armée sacralisée et inaccessible à l’analyse. Cette pensée à demi logique habite une grande, une trop grande partie, du personnel politique algérien.
Les militants contestataires du FLN n’ont pas eu de mots assez durs pour Belkhadem. Aucun n’a osé, ne serait-ce qu’interpeller Bouteflika , qui, après tout, est le président d’honneur de leur parti.
Louisa Hanoune invective le gouvernement, relais de l’impérialo-sionisme, à longueur de jours et de colonnes. Elle affiche simultanément une passion délirante pour le chef de l’Etat, gourou de tous les pouvoirs exécutifs, dont le nom ponctue toutes ses phrases.
Les militants refusant la dérive mercantile du FFS s’acharnent sur un Laskri, retiré de la naphtaline, sans jamais impliquer Aït Ahmed dont ils savent tous qu’il est l’auteur exclusif du scénario qu’ils dénoncent.
Cette semi logique s’applique à plusieurs niveaux de la hiérarchie sociale et politique. Presbyte politique, l’Algérien veut bien condamner les sous-fifres impliqués dans sa longue épreuve mai n’entend en aucune façon en déterminer les véritables responsabilités. Ce blocage intellectuel a son prolongement sur la scène régionale.  L’élite algérienne est prête à s’agiter devant la menace islamiste du Caire à Rabat mais s’interdit d’observer que c’est de son pays que partent toutes les grandes offensives intégristes. Les voyous d’Ançar-eddine qui viennent de dévaster un patrimoine mondial à Tombouctou étaient reçus, en grandes pompes, cette semaine par le gouvernement algérien. Trois jours plus tard, on a eu droit à des procédures surréalistes dans les tribunaux d’Alger. Des responsables terroristes patentés( Hattab, El Para…), détenus par les autorités, sont jugés en leur absence. Comme si la justice algérienne avait encore  besoin de ces pitoyables mises en scène pour mériter son nom de justice de nuit. Le lendemain,il s’est trouvé un journal, qui a passé sous silence l’incongruité de ces procès, pour pourfendre une justice aux ordres… au Maroc.  C’est bien connu, l’autruche court insouciante dans le désert et quand apparait un prédateur, elle plonge la tête dans le sable et expose son postérieur au soleil.
C’est à partir du territoire algérien que l’internationale islamiste recrute, se déploie et essaime. Le bon sens voudrait que la nature d’un système, en l’occurrence d’essence militaire, qui a rendu possible un tel cataclysme ne soit pas évacué d’un débat qui prétend traiter et même venir à bout de l’intégrisme. La peur d’abord, la démission ensuite puis la complicité et la perte d’autonomie font que le  syndrome de Stockholm,qui est habituellement une réaction individuelle devant une situation de stress majeur, est devenu une donnée sociologique en Algérie où le citoyen collectif construit et légitime les murs de sa prison mentale. Il y a un consensus pour nier la réalité des problèmes et, du coup, protéger le bourreau. Et ça dure.
Les jeunes révolutionnaires  de la place Tahrir, à qui on a volé la victoire, ont accepté de voir un islamiste( leur adversaire politique ) accéder au pouvoir dès lors que l’opération ouvrait une perspective historique à leur pays.  Convenir qu’il y a des moments où on ne peut pas recueillir, sur le champ, le bénéfice politique de son combat et cibler les vraies causes d’une régression suppose une culture, une maturité et une vision politiques que, pour l’instant, l’Algérien n’a pas pu trouver. Cette capacité à regarder au-delà des attraits conjoncturels s’appelle le sens de l’Histoire.
Dans le désert, il y des autruches et des pyramides. Les volatiles, victimes de leur absurdité, ont disparu. Ceux qui savent qu’un peuple n’est pas réductible à une secte ou une génération ont laissé des monuments qui regardent le Nil depuis quatre mille ans. Ca marque.
NB : petite lueur d’espoir. Des jeunes du MJIC, à peine sortis du tribunal où ils étaient poursuivis pour avoir appelé au boycott des législatives, ont interpellé le général Nezzar,pas en tant que personne, mais comme ancien responsable de l’armée, au cimetière d’El Alia pour lui dire simplement que les militaires étaient aussi responsables que les islamistes du malheur algérien. C’était un 29 juin sur la tombe de Mohamed Boudiaf. Un signe.

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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