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LES DERNIERS DES MOHICANS

16 juillet 2012

Rachid Bali

Chronique

LES DERNIERS DES MOHICANS

Détails
Publié le Dimanche, 27 Mai 2012 12:48
Écrit par Rachid Bali

A quelques jours  d’intervalle, trois pays, la Russie, l’Egypte et l’Algérie vivent des élections législatives ou présidentielles dans des contextes inédits. Les deux premiers ont eu des répercussions directes sur l’Algérie indépendante. Le modèle bureaucratique du premier et l’incantation panarabiste du second ont longtemps constitué des référents cardinaux pour la construction de  la nation et de l’Etat algériens.
Cinquante ans plus tard, l’effondrement du mur de Berlin a mené l’URSS à se ressourcer dans  la gloire de la Grande Russie. Vladimr Poutine, lui-même pur produit du KGB, a dû se résoudre à restaurer  sa ville natale de Saint Petersboug qui abrite les Palais des tsars et à solliciter la bienveillance de l’Eglise orthodoxe pour offrir une vision et un rêve à un peuple dont il sait qu’il ne peut plus adhérer aux dogmes d’un système qui a dominé la moitié du monde. La mort dans l’âme, l‘autocrate russe confessa l’une de ses plus intelligentes réflexions: « celui qui ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur, celui qui croit à son retour n’a pas de tête », lâchera-t-i devant un panel d’amis qui recommandait le retour à l’ancien système pour contenir la contestation généralisée d’une politique de transition menée par le bâton et irriguée par une corruption qui laissait sur le carreau la plus grande partie du peuple qui, certes, ne pouvait pas ouvrir la bouche sous le communisme mais avait le ventre plein.
On peut tout dire sur les abus du Poutinisme, et on aurait cent fois raison, sauf que la démarche manque de lucidité. Depuis le début de son règne, et en dépit de la bouffonnerie qui l’a vu placer une potiche pour un mandat afin de ne pas avoir à violer la constitution avant de revenir au pouvoir, la Russie, riche il est vrai d’un exceptionnel potentiel en hydrocarbures, avance économiquement avec  le fracas social qui marque toujours les grands virages de l’histoire. Des classes moyennes se constituent, des élites, le plus souvent contestataires apparaissent et se font entendre et de  l’appareil militaro-industriel archaïque hérité de soixante-dix ans de collectivisme émerge un tissu technique et technologique grâce  aux partenariats avec  une Allemagne, qui  vit naître la Grande Catherine, et  qui, jouant sur sa double façade est ouest européenne,  entraine un vrai mouvement de modernisation.

Pour ce qui est de l’Egypte, nul ne peut dire ce que sera son destin aujourd’hui. Une chose est cependant sure. Au pays des Pharaons, on a compris que les exaltations du panarabisme ont vécu. Le tropisme exercé par l’islamisme sur une bonne partie de la société sous Moubarak perd de sa linéarité. Les Salafistes qui suspectent les Frères musulmans de vouloir noyer le fondamentalisme dans le bazar où des accommodements qui en dilueraient les rigorismes originels par des concessions destinées à se faire accepter sur la scène internationale font cavalier seul. La confrérie d’Hassan el Bana elle-même est sujette à  des  déchirements qui attestent de la vivacité des débats qui opposent les tenants du réformisme et les partisans du conservatisme. Le fait que cette tendance ait eu deux candidats à l’élection présidentielle est un des signes de cette problématique. Les libéraux, regroupés autour de Mohamed El Baradaï, n’ont pas trouvé leur marque dans la nouvelle Egypte. Etouffés par le système Moubarak et pris par le temps, ils ont essayé de naviguer entre la peste et le choléra en approchant Amr Moussa, cacique de chez les caciques et Ahmed Chafik, dernier avatar de l’ère Moubarak. Même la minorité Copte, toujours lovée dans les marges des régimes qui se sont succédés au Caire, sait qu’elle doit s’inventer un statut dans un nouveau destin national.

Les deux nations  qui ont été les miroirs dans lesquels l’Algérie a cru pouvoir s’admirer sont brisés. Chacun des deux peuples tente de se frayer un chemin sur la base de nouveaux repères et d’une mémoire renouvelée.

Réfutant toute idée de mouvement, l’Algérie agonise politiquement, s’effrite socialement et s’éteint sur la scène mondiale. Elle n’a pas la force et les compétences du changement et ne dispose pas de la stature qui peut lui assurer la pérennité. Elle se recroqueville, fuit le monde et le réel. Quitte à pourrir de d’immobilisme. Le FLN n’en finit pas de faisander dans ses déchets. La formule  RND explose de ses propres artifices et les islamistes se rebiffent après avoir hésité entre rébellion et entrisme. Le FFS, longtemps entretenu comme le fantasme d’une opposition messianique s’abîme dans les chiyate des postulants aux prébendes et les aigreurs d’un vieux leader atteint par l’âge et les affaires. Le RCD qui a beaucoup inventé et structuré le projet alternatif peine à assumer sa mission de force tractante de la modernité.  Son isolement n‘est pas seulement dû à la stratégie de ghettoïsation, au demeurant bien réelle du DRS ; l’appréhension à solliciter des convergences avec tout ce qui peut libérer le pays du système FLN est une vraie inhibition. Le refus d’envisager des relations politiques avec les organisations de l’opposition islamiste par posture dogmatique a objectivement limitée la portée d’un parcours et d’un discours qui a séduit mais qui a peu entrainé à cause d’une faible portance qui a fini par désigner ce parti comme un laboratoire rigoureux qui n’a pas pu accéder  au rôle de mouvement capable de créer et d’assumer un rapport de force qui amènerait le pouvoir à céder ou composer.

Dans le quotidien politique et social, tout bouge  et les remises en cause n’épargnent aucun secteur. Maître d’œuvre du destin algérien, le DRS s’enferme dans la tactique et bricole comme si de rien n’était.  Algérie-express avait rapporté il y a quelques mois de cela comment les services spéciaux avaient lancé leur opération de recrutement de filles de joie sous la jolie formule des «  filles qui bougent » pour garnir le parlement de femmes qui ne posent aucun problème politique et qui séduiront les partenaires étrangers . Dans le même temps, on lamine le courant islamiste pour mieux récupérer le fondamentalisme. Promotion de la femme pour disqualifier la présence féminine et élimination de partis islamistes pour s’assurer le monopole du fondamentalisme. Un pansement sur une jambe de bois.
Nous en sommes là en 2012. Tous les pays bougent, prospectent et inventent. Le système, pris dans les rets d’une impasse historique, vient de réhabiliter le FLN et s’en tient à l’acharnement thérapeutique de l’UGTA.  Coupé du monde et de son époque, il essaie de se persuader qu’il échappera au mouvement de l’Histoire. L’Algérie n’est pas l’Egypte, elle n’est pas la Libye, elle n’est pas la Tunisie, elle n’est pas le Yemen,  marmonne à longueur de conférences le pauvre Medelci. Tout cela est bien vrai. Le problème,  c‘est que l’Algérie officielle croit pouvoir continuer à vivre dans le stupre sans dire un jour ce qu’elle est.

La scène politique est occupée par les courants démocratique et islamiste. Il revient à ces deux tendances de mesurer la gravité de la situation, de se concerter  sans tutelle ni arbitrage. Faute de quoi, l’Algérie, telle que nous la vivons aujourd’hui disparaîtra.

 

Rachid Bali

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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