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TOULOUSE : un reflet algérien

16 juillet 2012

Rachid Bali

Chronique

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Publié le Dimanche, 25 Mars 2012 12:12
Écrit par Rachid Bali

Sept morts dont trois enfants tués de sang-froid par un jeune homme de 23 ans. Il est de nationalité française et d’origine algérienne. Plongeons d’emblée dans le vif. Est-ce la première ou la deuxième identification qui l’a conduit à assassiner ? Poser la question c’est déjà y répondre.

Une société qui a vu se développer en son sein des tueries collectives et qui a épuisé le registre des exactions les plus barbares pendant une dizaine d’années ne peut pas laisser indemnes les plus fragiles de ceux qui se réclament d’elle, fût-ce indirectement. Certes, la marginalisation sociale n’a pas aidé les frères Merah à s’intégrer dans la cité française. Reste une question essentielle que tous ceux qui se reconnaissent peu ou prou musulmans, et parmi eux les Algériens en premier, ne veulent ni poser ni entendre. Le choix du terrorisme intégriste pour rétablir «  une injustice » du destin ou des hommes aurait–il été fait avec autant de facilité par un jeune appartenant à une communauté dont le culte n’a pas été collectivement instrumentalisé et, surtout, aurait-il rencontré autant de compassion, avouée ou non, parmi les siens ? Rien n’est moins sûr.
Dès les premières années de l’indépendance, le pouvoir algérien a utilisé la religion pour ferrer le peuple dans une relation binaire où il est le modèle et l’arbitre et l’isoler des valeurs universelles qui l’arracheraient à lui-même. Par la suite, cette stratégie s’est vérifiée sur les campus contre les universitaires, coupables de pratiques sociales et culturelles subversives. Il a fallu que le régime, tel le mauvais laborantin victime de ses expériences, se brûle les doigts pour qu’il consente à réagir. De la manière et au prix que l’on sait. Malgré un terrible malheur, le tropisme de l’islamisme n’a pas cessé de diffuser dans le corps social car le projet démocratique, antinomique du système, étant renié par principe, la légitimité revenait toujours sur la compétition du divin. Pendant longtemps, les élites algériennes se sont tues avant d’accompagner puis d’amplifier les chants de la mort qui empoteront nombre d’entre d’elles.
La régression fut rapide et effarante. Au lendemain de la guerre, les restaurants algérois étaient ouverts pendant le carême, les filles ignoraient le voile ou cherchaient à s’en libérer et nul ne tenait à faire savoir qu’il faisait la prière pour obtenir une reconnaissance dans le quartier, un meilleur statut dans le village ou une promotion dans l’usine ou l’administration. C’était, il est vrai, l’époque du socialisme tonitruant qui exigeait de se démarquer des codes et des rites traditionnels pour être bien en vue. Ceci expliquant cela, les clercs algériens font aujourd’hui montre d’une pitoyable et coupable lâcheté devant les horreurs comme celle qui vient d’endeuiller Toulouse. « Il faut d’abord savoir pourquoi Mohamed Merah a été contraint de commettre ces actes », recommande à la télévision française, un Toulousain «  algérien ».  «  Marine Le Pen ne doit pas instrumentaliser ce drame », écrit El watan, qui n’est pourtant pas l’organe de presse le plus hystérique. Une enseignante d’anglais exerçant à Rouen, émigrée ou binationale, peu importe, n’a rien trouvé de mieux que d’exiger de ses élèves une minute de silence à la mémoire de…Mohamed Merah. Pour les boutonneux politiques que nous sommes, le mal est toujours dans l’autre. De leur côté, les Tuteurs des indigènes, prêts à s’étrangler devant le moindre dérapage de bistrot en France, nous expliquent avec une complaisance nauséabonde que ce crime est en fait l’expression d’une « fragilité psychologique ». Belle thérapie en effet.
Mis à part les borborygmes du chloroformé Dalil Boubekeur, aucun intellectuel algérien n’a daigné nous parler en adulte et affirmer ce que nous savons tous : des parents, en Algérie mais aussi en France ou dans les autres pays d’accueil, susurrent depuis toujours et dès leur plus tendre enfance à des milliers de Mohamed Merah que le Noir est un esclave naturel, que le Juif est le mal absolu, que la Chrétien est un ennemi définitif et que l’incroyant  doit disparaître de la terre. Accessoirement, ces commandements dégénèrent sur des ciblages plus domestiques qui accablent le Kabyle, le Mozabite ou le Chaoui qui, à leur tour, rétorquent que l’Arabe est une aberration génétique de l’humanité. Tant que l’Algérien était un être dominé, ces miasmes se concevaient comme des propositions de revanche contre une histoire contraire, un statut de paria difficile à porter et à admettre et qu’il fallait imputer aux autres  dans l’irrationnel faute de pouvoir s’en émanciper dans la réalité. Avec l’avènement du pouvoir national, ces transgressions sortent du « folklore »  pour s’installer progressivement dans l’institutionnel. A Alger, des journaux font des attaques contre BHL le Juif – pas le sioniste ou le soutien d’Israel – une ligne éditoriale dans l’indifférence voire la complaisance générales.
Pour fuir le débat, des Algériens argueront que des exaltés islamistes existent aussi bien en Tunisie qu’au Maroc. Sur la scène nord-africaine au moins, il faudra bien poser un jour la question de la responsabilité d’Alger dans l’émergence ou du moins l’extension du fondamentalisme. Mais abstraction faite des interférences politiques, la comparaison avec ces deux pays ne vaut pas pour ce qui est des dimensions – ici essentielles – éthiques et intellectuelles. Il y a six mois de cela, des islamistes marocains avaient osé stigmatiser Azoulay le Juif, grand commis du Royaume. Dans les 48 heures, la presse avait unanimement dénoncé l’infamie en titrant : «  nous sommes tous des Azoulay ». Algérie-Express avait rapporté il y a quelques semaines de cela la réaction opposée au ministre des affaires étrangères israélien par le gouvernement tunisien, pourtant dominé par les islamistes, qui demandait aux Juifs tunisiens d’émigrer en masse en Israel après la victoire d’En-nahdha. «  Les Juifs tunisiens sont dans leur pays. Ce sont des citoyens qui ont droit au respect de leur religion et à la sécurité de l’Etat. » avait officiellement répondu Tunis. En l’occurrence, la sincérité de la déclaration est secondaire. Ce qui est important à considérer dans la conjoncture actuelle, c’est le courage qui l’a inspirée.
On attend toujours les tribunes des Addi Lahouari, Malek Chebel et autres Mohamed Harbi pour alerter sur les naufrages qui ont déjà inondé  les rives de nos âmes, eux qui sont si prompts à dégainer à chaque fois qu’un démocrate algérien, luttant dans son pays, exprime une opinion non conventionnelle.

 

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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