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LA DOUBLE MORT DE SAID LESFAR

17 juillet 2012

Rachid Bali

Chronique

Détails
Publié le Dimanche, 15 juillet 2012 16:53
Écrit par Rachid Bali

Un garde communal est mort le 12 juillet 2012. Un de plus, serait-on tenté de dire, chaque semaine amenant son lot de disparitions de jeunes policiers, gendarmes ou soldats dans le pays du terrorisme résiduel. Oui mais cette fois le tueur du policier est un autre policier. 
Quand un pouvoir, né et fonctionnant dans la violence, tue des membres de ses propres brigades, c’est que quelque chose est grippé dans la machine infernale. D’où l’acharnement des officiels à user et abuser du recours à la  rumeur et autres déclarations publiques pour nier le drame.

C’est le général Hamel, responsable de la sureté nationale, qui informe l’opinion publique que l’agent de sécurité Said Lesfar, originaire de Khemis Miliana, est mort des suites d’une longue maladie, contredisant et le médecin légiste et les proches de la victime qui affirment que le décès est dû à une hémorragie interne consécutive aux coups reçus lors de la marche organisée deux jours auparavant. Ce tragique accident et son traitement politique et médiatique, au lendemain d’élections législatives qui n’en finissent pas de pourrir un climat délétère, est édifiant à plus d’un titre.
D’abord la violence dont ont été l’objet ces supplétifs des services de sécurité de la part des troupes anti-émeute est disproportionnée ; les manifestants, en l’occurrence, ne risquant de provoquer aucun débordement. Ensuite, les explications  avancées pour masquer la mort de Said Lesfar, renseignent sur plusieurs choses: l‘incohérence de la politique suivie par le régime, son affolement et l’ambiguïté affichée à l’endroit d’une opinion publique que l’on redoute autant qu’on la méprise.
En effet, comment et pourquoi des citoyens, appelés par les pouvoirs publics pour suppléer à la défaillance des forces de sécurité dans un moment de péril national majeur, en sont-ils arrivés à devoir descendre dans la rue pour se rappeler au bon souvenir de ceux-là mêmes qui les ont enrôlés comme appoints dans la stratégie de défense nationale. «  La politique de réconciliation nationale prônée par le chef de l’Etat ne saurait souffrir d’aucune contestation et ces manifestations sont des défis à l’autorité du premier responsable du pays », a cru pouvoir expliquer un conseiller de la Présidence de la république.
Considérons que la dite politique de réconciliation est opportune, crédible et pertinente, ce qui, comme toute action politique, demande à être vérifié. A aucun moment les gardes communaux n’ont exprimé, en tout cas pas publiquement et encore moins pendant leurs marches, une quelconque critique sur la nature ou le bien-fondé de la décision de Bouteflika, alors même que les repentis les narguent quotidiennement. Ils ont rappelé des revendications portant sur la prise en charge des veuves de leurs camarades tombés au combat et formulé d’autres exigences auxquelles ils croient toujours pouvoir prétendre. L’argument de la politisation du mouvement des gardes communaux ne tient pas.
Plus insidieusement des proches de la présidence arguent que ces agents en armes sont instrumentalisés par le DRS qui veut mettre la pression sur un chef de l’Etat qui encombre la scène nationale mais que les services spéciaux ne peuvent pas ou ne veulent pas attaquer frontalement. Admettons que les oppositions au sommet – cette arlésienne de la vie politique du sérail – soient si vives que les différentes factions en seraient arrivées à se bousculer par conflits social interposé. En quoi le DRS serait-il moins responsable que la présidence de la déchéance et de l’abandon subis par les gardes communaux dont il encadre les recrutements et les affectations depuis la création de ce corps ? Et en quoi une revendication professionnelle serait-elle moins légitime au motif que des forces obscures s’en seraient saisies pour déstabiliser leur vis-à-vis ?
L’invocation de la manipulation, réelle ou supposée, de ce mouvement de protestation ne peut justifier un tel niveau de répression.
Rappelons brièvement  le traitement factuel réservé à ce dossier. On sait que les gardes communaux ont manifesté en 2011 pour faire valoir, à peu de chose près, les mêmes droits que ceux qu’ils revendiquent aujourd’hui. On sait aussi qu’ils ont été rudoyés avant d’être reçus par leur tutelle qui a reconnu, « après  coups », la légitimité de leurs réclamations et promis d’y donner suite dans la foulée des milliards distribués au lendemain des manifestations de l’hiver 2011. Une année a passé et ces Algériens appelés pour, leur avait-on dit, défendre la patrie constatent que leur situation est, à peu près, restée au même stade quand elle n’a pas empirée. « Cela me rappelle le comportement de la France coloniale envers les indigènes après la deuxième guerre mondiale », déplore, amer, le responsable d’un comité de wilaya, technicien de l’agriculture de son état et qui a pris les armes dès le début des hostilités.
Rien ne justifie la violence opposée à ces hommes qui ont organisé une marche pacifique vers Alger. Rien sauf que leur cri de détresse rappelle cruellement, même si la chose n’a pas été dite, les errements et les compromissions d’un pouvoir sans logique ni vision, y compris dans des chantiers impliquant la survie du pays. L’Allemagne, l’Afrique du Sud et, plus près de nous, le Maroc ont dû, chacun à sa manière, emprunter le chemin de la justice et de la vérité pour amortir des tragédies similaires à celle qui nous déchire encore.
D’où les dénégations du premier responsable de la police qui veut interdire à ce corps de sécurité trahi d’avoir un nouveau martyr, d’autant que celui-là a été sacrifié sur l’autel du reniement de l’Etat. On n’organise pas l‘amnésie des martyrs tombés sous les balles terroristes pour accepter la  sacralisation de celui qui a été tué par les services de sécurité.
« Nous avons joué la transparence par respect pour les citoyens qui ont le droit de savoir », s’est vanté un collaborateur du Général Hamel. Fort bien. Au même moment, le ministre des affaires étrangères garde un silence de mort devant une libération d’otages concernant sept diplomates dont nul ne sait pourquoi ils ont été sommés de rester à leur poste alors qu’ils ont alerté à maintes reprises le ministère de la défense  ( ! ) sur la dégradation qui affectait le nord Mali et les menaces qu’ils encouraient. Le citoyen algérien, dont se souvient subitement le staff du directeur de la sureté nationale, ne sait toujours pas qui a enlevé nos 7 « diplomates » de Gao. Ils seraient donnés comme libres et en bonne santé  par Ançar Eddine, mouvement radical – qui vient de dévaster Tombouctou – avec lequel fraie le pouvoir d’Alger, après avoir été enlevés par le MUJAO. L’Algérien est en droit de savoir ce qui s’est passé dans cette affaire du début à la fin. Au moins autant que M. Fabius auquel on expliquera certainement par le menu détail les tenants et les aboutissants de cette ténébreuse histoire, quitte à alimenter un peu plus les spéculations qui courent dans certaines chancelleries où l’on n’hésite pas à susurrer que les Algériens ont organisé eux-mêmes le rapt de leurs diplomates pour disposer d’une bonne monnaie dans le marché du terrorisme au Sahel où leur position dominante est mise à mal par l’irruption d’autres partenaires de l‘occident et de l’Union Africaine.
L’argument de la transparence présenté comme raison officielle de la montée au créneau du premier responsable de la police ne saurait être recevable.
De part sa nature, ses objectifs et, aujourd’hui, ses contraintes,  la répression brutale est la seule réaction que peut avoir,dans ce délicat dossier, un régime algérien aux abois.
Il faut impérativement stopper ces mobilisations dans des structures périphériques des services de sécurité, organes vitaux du pouvoir. Toutes les chutes des régimes despotiques se sont précipitées dès que les instruments de répression ont été gagnés par la colère et/ou la fraternisation avec les mouvements sociaux ou politiques de l’opposition. Dans une scène nationale rythmée par des affrontements qui se propagent jusqu’à ses propres clans, l’extension de la contagion contestataire  serait fatale au système. Sur un autre registre, le pouvoir, algérien qui a généreusement augmenté les salaires des policiers, douaniers et militaires en 2011 est pris de court par le réduction drastique des recettes provenant des hydrocarbures. Il ne pourra plus satisfaire les demandes émanant de l’ensemble du monde du travail.
La répression brutale qui a mené à la mort de Said Lesfar est à la fois un ordre destiné à enterrer toute évocation du calamiteux dossier de la «  réconciliation nationale » et un message délivré aux autres secteurs sociaux qui seraient tentés d’engager des actions de rue pour revendiquer leurs droits. Pris dans le tournis de leurs improvisations, les dirigeants veulent convaincre de cette ahurissante insanité : les gardes communaux doivent être oubliés, leur combat étant juridiquement interdit de propos public et la police ne les a jamais agressés. N’ayant pas existé, Said Lesfer ne peut avoir été tué.
Le pouvoir pourra-t-il, du jour au lendemain, évacuer de la vie nationale la police communale, utilisée comme chair à canon, et l’exclure des largesses dont il a gratifié les autres segments des services de sécurité ?
Des indigènes qui a avaient fait la guerre sous le drapeau français ont été parmi les premiers à retourner leur armes contre leurs supérieurs pour avoir été abusés, oubliés ou humiliés. Il avaient pour nom Krim Belkacem , Amar Ouamrane, Mahmoud Chérif….Le refus de la reconnaissance de son engagement et le déni de la mort de Said Lesfar confirment que le vers est bien dans le fruit.

 

Rachid Bali

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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2 Réponses à “LA DOUBLE MORT DE SAID LESFAR”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Mort du garde communal Lesfar Said : Le démenti de la police contre le certificat du médecin
    Vendredi, 13 Juillet 2012, 22:57 | Slimane Khalfa

    Mort naturelle ou décès survenu suite à des hémorragies par accident ? Le décès de Lesfar Said, 57 ans, garde communal, survenu dans la nuit du mercredi 11 juillet, est du à une mort naturelle, selon le commissaire divisionnaire Djilali Boudalia. La version de la police nationale contredit le certificat médical établit par un médecin qui a constaté le décès à l’hôpital de Khemis Meliana.
    « Le décès du regretté est survenu suite à une maladie chronique », a déclaré vendredi 13 juillet à l’AFP le chargé de communication de la DGSN, le commissaire divisionnaire Djilali Boudalia.
    Plutôt dans la journée, le même responsable a indiqué au site TSA que la victime est décédée d’une mort naturelle sans toutefois fournir aux deux confrères des précisions sur les circonstances exactes de ce décès.
    «La DGSN tient à démentir formellement le bien-fondé de cette information et précise que le décès de Saïd Lasfar est dû à une maladie chronique», précise la cellule de
    communication et presse de la DGSN dans un communiqué envoyé vendredi aux rédactions d’Alger.
    Dans un entretien téléphonique accordé à DNA, Lahlou Aliouat, délégué national des gardes communaux dans la région de Bouira, affirmait que le garde communal est décédé des suites des blessures qu’il avait contractées alors qu’il participait à une manifestation lundi 9 juillet à Alger.
    • Lire Marche réprimée à Alger : Un garde communal succombe à des «hémorragies par accident»
    M. Aliouat n’a pas évoqué la thèse d’une maladie chronique dont souffrirait la victime, mais il a plutôt expliqué en détail comment celle-ci a été violentée par des policiers.
    Il avait ajouté détenir des preuves matérielles – des photos et des vidéos-, et disposer de témoins en mesure de confirmer la thèse de violences volontaires susceptibles d’avoir entrainé la mort du garde communal.
    Par ailleurs, un document obtenu par DNA atteste que le médecin, qui a rédigé le certificat médical de la victime dans la nuit du mercredi 11 juillet, confirme que celle-ci a succombé à des « hémorragies par accident ».
    Le commissaire divisionnaire de la police nationale n’a pas précisé à l’agence AFP ni à TSA si la police a décidé ou non d’ouvrir une enquête sur les circonstances du décès de Lesfar Said.
    Pourtant, celle-ci s’impose dès lors qu’il existe désormais deux versions totalement contradictoires pour expliquer la mort du garde communal.
    Si le décès de Lesfar Said est du à une maladie chronique, cela voudrait dire que le médecin de l’hôpital de Khemis Meliana se serait trompé de diagnostic et qu’il aurait commis un faux en écriture.
    Si en revanche la victime est décédée des suites d’hémorragies par accidents, cela voudrait dire que DGSN avancerait une thèse tronquée. Du moins, qu’elle ne disposerait pas de tous les éléments relatifs à cette affaire. Ce qui est fort peu probable.
    Pour faire la lumière sur les circonstances de ce tragique décès, il faudrait donc que le parquet se décide d’ouvrir une information judiciaire ou que la famille de la victime accepte de porter plainte contre X.

    Lire l’article original : Mort du garde communal Lesfar Said : Le démenti de la police contre le certificat du médecin | DNA – Dernières nouvelles d’Algérie

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

    Répondre

  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Société
    DECES DU GARDE COMMUNAL LESFAR SAID : la DGSN disculpe la police

    Détails Publié le Vendredi, 13 juillet 2012 17:39 Écrit par Hamid Guerni

    La direction générale de la sureté nationale (DGSN) dément que le décès du garde communal, Lesfar Said, soit dû à des blessures lors des affrontements avec la police à Birkhadem le lundi dernier, lors de la marche réprimée des gardes communaux.

    Le démenti intervient sous forme de précisions adressées aux journaux qui ont fait part de l’information. Des précisions qui attribuent le décès du garde communal, survenu à l’hôpital de Khemis Miliana, à une maladie chronique. Autrement dit, mort naturelle. « il n’a pas été blessé lors des émeutes », est-il précisé. Jeudi, pour rappel, M. Lahlou, coordinateur du mouvement des gardes communaux pour la wilaya de Bouira nous a pourtant affirmé que le défunt a bel et bien été blessé lors des affrontements avec la police et qu’il serait mort suite à une hémorragie interne.

    Hamid Guerni

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

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