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Illusion 1er partie Par : Yasmine HANANE

21 novembre 2012

Yasmina Hanane

Illusion 1er partie  Par : Yasmine HANANE dans Yasmina Hanane 2000_200_150

Le jour où j’avais rencontré Youcef sera gravé à jamais dans mon subconscient. Certes, je le connaissais déjà un peu, car nous avions entamé tous les deux une carrière dans la presse dans le même quotidien, mais il était juste ce collègue avec qui je devais échanger des idées, préparer un reportage, ou consulter pour entamer un sujet.
Nous étions liés par notre profession et, durant des années, nous nous voyons quotidiennement, nous nous appelions pour des sujets divers, et nous écrivions nos articles à la même table parfois, sans pour autant nous  rapprocher davantage.
Je venais de rompre avec un ancien camarde de promo… Notre relation avait duré le temps des fleurs. Nous étions jeunes, ambitieux, et j’avais une idée floue du mariage. Pour moi, seule ma profession comptait.
Bien sûr, j’ai eu mal… Comme toutes les filles de mon âge, j’ai passé des heures à écouter Julio Iglesias, en versant des tonnes de larmes. Ah ! j’ai  rêvé à l’amour parfait et au bonheur d’une vie sereine et sans problèmes avec l’élu de mon cœur.
Hélas ! Nous croyons peut-être trop aux romans à l’eau de rose, à un âge où nous ne connaissions pas encore les roses. Eh oui ! Je veux dire qu’à peine sortie de l’adolescence, nous tombions amoureuses du premier beau gosse bien nippé, qui nous faisait rire aux éclats, ou échafaudait des plans pour détourner la vigilance de nos parents.
Foulard rouge : zone interdite
Foulard blanc : zone libre.
Le message passait bien. Nous étions heureux de braver l’interdit pour nous voir et nous apprécier.
Mais ce plan durait le temps d’une étincelle, dans un ciel d’été. Le temps faisait son œuvre, nous nous quittions en nous promettant mille et une choses : Oui… nous sommes obligés de nous quitter. Oui… nous allons nous séparer. Pas pour longtemps. Juste le temps de faire des études, de trouver un job. Et puis, la vie est pleine de surprises. Nous allons sûrement  nous revoir un jour, et entreprendre des projets ensemble.
Promesses, larmes, embrassades, chagrin… Le tout est noyé dans les dédales des sentiments encore inconnus.
Cela faisait tout de même quelque chose d’avoir quelqu’un à qui penser. Cela nous permettait de nous sentir désirées, adulées, et aimées !!!  Même si c’était faux !
Peu importe ! c’était  l’époque des illusions, et l’âge où tout était permis !
Mais voici que l’âge adulte nous surprend. Nous traçons alors d’autres projets, et finissons par nous oublier. La plaie se cicatrisait sans trop de mal, et nous  nous retrouvons à nous demander si vraiment nous avions connu l’amour.
Youcef était différent de tous les garçons que j’avais rencontrés… Enfin, je le pensais.
C’était un jeune homme très attirant et très réservé. Il dégageait une impression de bien-être, et je me sentais sereine en sa compagnie.
Nous étions des compagnons du métier. Nous étions appréciés par nos supérieurs. Si bien, qu’on avait fini par nous accorder tel un violon. Nous étions la paire qu’il fallait pour la couverture des grands évènements et les missions. Il faut le reconnaître aussi, nous étions heureux de bosser ensemble car nous savions nous compléter pour rehausser le niveau de nos couvertures et remettre un compte rendu professionnel des mieux élaborés.
Youcef partageait mes idées et lisait les mêmes œuvres que moi. Mieux encore, plus le temps passait, plus je découvrais en lui des facettes cachées qui me surprenaient agréablement. Il avait un penchant pour le cinéma mondial et la grande musique… Il aimait les voyages et le sport… Il aimait la bonne cuisine et le décor feutré des appartements meublés avec goût. Il nous arrivait d’écouter des tubes de grandes stars orientales ou occidentales, et nous étions tous les deux emportés par les vagues d’un luth discipliné ou d’une guitare enjôleuse. Youcef aimait le flamenco et moi aussi… Youcef aimait  Van Gogh et Auguste Renoir et moi aussi… Youcef appréciait l’opéra et moi aussi. En bref, Youcef aimait les belles choses et… moi aussi !
Nous nous découvrions tous les jours des goûts réciproques et nous tentions de nous maintenir à la même enseigne afin de ne pas nous perdre dans nos illusions.
Mais nous n’étions plus des adolescents… Nous étions des adultes… Des adultes mûrs et assez consciencieux.
Lorsque Youcef me proposera le mariage, je demeurais un moment sans voix !
Enfin me dis-je… que pouvais-je attendre de mieux chez un homme qui m’appréciait et dont je partageais pratiquement tous les penchants ?

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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19 Réponses à “Illusion 1er partie Par : Yasmine HANANE”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 2e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Résumé : Ma rencontre avec Youcef était différente des autres. Jusque-là, je ne le considérais que comme un coéquipier avec qui je devais sortir en reportage. Pourtant, nous avions des goûts en commun ! Lorsqu’il me demanda en mariage, je demeurais perplexe.

    Une autre à ma place aurait hurlé de bonheur, et sauté de joie. Mais moi à cette minute, je demeurais comme hypnotisée. Je tenais le combiné de téléphone dans ma main, et de l’autre je tentais d’atteindre quelques fines poussières qui s’étaient incrustées dans les touches du cadran. Le tic nerveux qu’on se découvre dans des moments de grande émotion.
    Je répondis hâtivement à Youcef que je devrais en premier lieu réfléchir. Oui c’était ça. Il faut bien réfléchir avant de franchir un si grand pas. Le mariage n’était pas un jeu. Je tentais de repousser encore un peu l’échéance. Mes parents. La famille. Enfin, tout ce monde que je côtoie quotidiennement avait aussi son mot à dire là-dessus.
    C’était bien sûr des banalités dépitées sur un ton hésitant. Une faiblesse de ma part. Mais je ne pouvais accepter sans un petit recul. Oui. On est comme ça, nous les femmes actives et intellect intellectuelles. Intellectuelle ? Je ne le suis pas à vrai dire. J’avais juste un petit bagage emprunté pour quelques destinations encore inconnues. Je ne pouvais donc répondre favorablement à Youcef sans avoir fait mes “comptes” et additionné mes aspirations !
    Loin de s’offusquer Youcef se met à rire :
    -Je patienterai. Je suis très patient. Tu me connais bien. J’attendrai donc le temps qu’il te faudra pour te décider. Mais en mon for intérieur, je sais que tu te décideras. Hein ? N’est-ce pas ? Je te rappelle que nous nous connaissons comme aucun autre couple, non marié, ne s’était connu avant nous. Nous avons fait un long périple ensemble, et nous nous complétons mutuellement… Je pense que tu as tout simplement peur de t’engager. Autrement dit, tous les arguments que tu viens de brandir n’ont pas lieu d’être.
    Je ne pouvais le nier. J’avais peur de m’engager. Il avait trouvé la raison la plus plausible.
    Pourquoi donc ?
    Quelque chose en moi refusait de répondre… Je ne savais pas qu’au moment où je pensais que la vie commençait à me sourire, il suffisait d’une demande en mariage pour que mon cœur se mette à battre et mon cerveau à tourner dans le vide.
    Je raccrochais… Un vent s’engouffrait dans ma chambre par la fenêtre restée grande ouverte. Je n’osais même pas me lever pour la fermer. Quelques papiers sur mon bureau se dispersèrent. Je me remets à relire quelques notes récoltées lors d’une conférence et que je m’apprêtais à exploiter pour les besoins d’un article.
    Mais mon cerveau avait arrêté de penser. Je n’avais ni l’envie ni le courage de continuer.
    Je me lève pour fermer la fenêtre. Le vent continuait de secouer les branches des arbres, et le ciel devenait de plus en plus bas. On était au début de l’automne. Une saison qui évoque toujours pour moi le romantisme. Oui c’était ça. Je suis romantique. Idiote et sentimentale… Je ne sais plus. Que suis-je enfin ? Une femme qui recherche l’amour ou la sérénité ? Les deux peut-être.
    Sans le savoir, je devenais cette femme fragile et instable. Autrement pourquoi refuser le mariage ? Pourquoi refuser un homme tel que Youcef, qui attirait tous les regards féminins. Je n’étais pas jalouse, mais je savais que mes collègues femmes m’enviaient. Toutes voulaient Youcef. Toutes rêvaient de sortir avec lui, ne serait-ce qu’une fois. Oui. Elles le pensaient même tout haut. Je n’oublierai jamais leurs regards, leurs grimaces et leurs clin d’œil… Youcef représentait pour chacune d’elles un idéal.. Mais pour moi, l’idéal n’existait pas.
    Est-ce mon intuition féminine qui me mettait en garde contre l’avenir ? Que pouvait donc me cacher le futur ? Je tente de chasser ces idées et de repenser à la demande en mariage de mon collègue.
    Oui. Je crois que je pourrais être heureuse avec lui. Il était doux, attentionné, correct. Peut-être un peu trop ambitieux, mais cela ne gâchait rien. L’ambition mène toujours à bon port lorsqu’on sait l’entretenir.

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 3e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Je ne pouvais fermer l’œil cette nuit-là. Trop excitée par tout ce qui m’arrivait subitement. Je me suis levée une dizaine de fois pour arpenter ma chambre et relever tous les détails que je trouvais banals d’habitude. Telle que cette serrure d’armoire qui fermait mal, ou la plante déposée dans un coin et que j’oubliais souvent d’arroser, ou encore ces tas de livres qui s’entassaient au chevet et que je ne classais jamais.
    Au milieu de la nuit, je me suis mise à nettoyer, à épousseter et à remettre de l’ordre dans toute la maison.
    Ma mère se réveille, et surprise de me trouver en train d’asticoter le parterre, elle me touche le front :
    -Tu es souffrante ?
    -Mais non maman. Si je l’étais, je ne serais pas là à faire le ménage.
    -On n’a pas idée de se lever en pleine nuit pour nettoyer…
    Elle me regarde droit dans les yeux :
    -Quelque chose te préoccupe. Tu n’es pas du tout la femme qui s’use dans les tâches ménagères. Disons que tu es plutôt négligente dans ce domaine.
    Je lève une main suppliante :
    -S’il te plaît maman, n’en dis pas plus. Je me sens en pleine forme, et comme le sommeil me fuyait, je n’ai pas trouvé mieux que de mettre un peu d’ordre dans ma chambre, et pourquoi pas de dépoussiérer les meubles et de nettoyer le sol… Je ne pense pas déranger puisque vous avez tous un sommeil de plomb…
    Ma mère pousse un soupir :
    -Fais comme tu veux… N’oublies pas de fermer les robinets, et surtout ne laisse pas les seaux d’eau traîner au milieu du couloir, quelqu’un risque de se casser la figure dessus.
    Sur ce, elle hausse ses épaules et retourne se coucher.
    L’appartement était spacieux, et seules trois chambres étaient occupées : celle de mes parents, la mienne, et celle de mon frère et de ma belle-sœur… Le salon, la salle à manger, et les deux autres chambres étaient pratiquement vides.
    Je tirais donc le frottoir derrière moi, et le seau plein d’eau savonneuse pour entamer un grand lavage des carreaux de sol et des dalles de la cuisine et de la salle de bains.
    Je travaillais sans relâche afin de ne penser à rien. J’avais de l’électricité dans mes muscles, et cette énergie je me devais de la dépenser.
    Deux heures passèrent, avant que mes bras ne commencent à crier gare. J’étais en sueur et essoufflée, mais heureuse de voir qu’autour de moi, tout luisait. Aucun grain de poussière n’avait résisté à ma force musculaire, et aucun coin aussi obscur soit-il n’avait échappé à ma serpillière.
    Je passe un bras sur mon front dégoulinant, et relève une mèche de mes cheveux. Enfin, je ressens un certain bien-être. On dirait que la tension s’est apaisée… Oui c’était cela. Je me sentais plus légère, plus détendue.
    Je cours prendre une douche et l’eau fraîche me redonne une certaine vitalité. Je crois que maintenant mon cerveau pourra fonctionner normalement. Je respirais mieux, et ma tête pesait moins lourd !
    Je revins dans ma chambre et me rallongeais sur mon lit. Je repense à Youcef et à sa proposition…Un sourire effleure mes lèvres. Quelle idiote je suis… Bien sûr qu’il fallait que je m’attende à quelque chose de sa part. Il était si prévenant avec moi. M’aimait-il ? Je n’en savais rien. Et moi donc ?
    Pour la première fois depuis que je le connaissais, je me posais une question qui resta sans réponse.
    Cet homme était un peu ma doublure. Je n’avais jamais eu à trop me casser la tête avec lui. Le sentiment ne s’était jamais manifesté certes, mais il devait somnoler en nous deux, puisque lui-même était sûr de ce qu’il avançait.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 4e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Oui. Je l’aimais. Je l’aimais même beaucoup. Je n’avais qu’à l’imaginer loin de moi et ne me portant aucun intérêt pour me sentir frustrée et malheureuse. Jusque-là, je n’y avais jamais pensé, et la découverte me laissa perplexe.
    Le sommeil finira par m’emporter dans ses vagues. Je ne me réveilla qu’à une heure tardive de la matinée, alors que la sonnerie du téléphone déchirait le silence de ma chambre.
    - Que fabriques-tu donc ? Tout le monde t’attend à la rédaction pour la réunion du menu !
    La voix de Youcef me tire totalement de mes songes :
    - Je, je dormais… Désolée. J’arrive dans un instant…
    Sans lui laisser le temps de répondre, je raccrochais avant de courir me préparer et de sauter dans mon véhicule.
    La journée s’annonçait radieuse. Après la tempête de la nuit précédente, la nature semblait avoir changé de look, pour nous narguer.
    Le temps était doux et mon cœur était en fête. La radio diffusait des morceaux de musique orientale. Un délice pour mes oreilles. Je jette un coup d’œil à ma montre pour constater que l’heure de notre briefing était largement dépassée, mais cela n’avait pas d’importance.
    Youcef prendra des notes, et nous allons pouvoir départager nos tâches sans trop de peine. Cela va de soi. Nous avions toujours su nous compléter dans toutes les situations.
    Nous compléter !
    Le mot sonne à mes oreilles. Je repense à la demande en mariage. N’ai-je pas rêvé ?
    Je me surprends à sourire : bien sûr que non. Dans ce cas précis, Youcef me fera remarquer que même mon subconscient réclamait son dû.
    J’arrive à la rédaction avec une heure de retard pour la réunion. Le red’chef me lance un regard qui en disait long sur sa pensée. Mais tout compte fait, et étant donné que je n’étais pas une vilaine récidiviste, il ne fera aucune remarque.
    Je tire une chaise et m’affale dessus. Youcef qui se trouvait de l’autre côté de la table me fait un sourire. Je tente de prendre un air dégagé, alors que je luttais contre une envie de rire. Oui. C’était ça. Un fou rire grondait en moi. Je n’arrivais pas à en comprendre les raisons. Peut-être es-ce dû à toute la tension cumulée ces dernières heures ?
    Je me mordis les lèvres et me croisais les doigts. Ce n’était pas le moment de se donner en spectacle, encore moins celui de s’effondrer.
    Je pris hâtivement quelques notes sur le sujet du jour, puis mon calepin en main, je me levais et me dirigeais vers le secrétariat afin de récupérer mon ordre de mission. Je devrais me rendre avec Youcef à une conférence de presse dans un ministère.
    Mon coéquipier m’attendait au rez-de chaussée, son cartable au bout du bras :
    - Je ne t’ai jamais vu aussi distraite. On dirait que tu reviens d’une autre planète.
    Je ne répondis pas à sa remarque. Il était le premier à connaître mon état d’âme en cet instant. Je me contentais donc de passer devant en agitant mon ordre de mission :
    - Allons travailler. Nous discuterons plus tard de tout ce qui me préoccupe.
    Quelques heures plus tard, nous étions attablés à une terrasse, nous nous regardions au fond des yeux sans échanger une seule parole.
    Youcef rompit le silence en fin de compte. Il sourit et me prit la main :
    - As-tu réfléchis à ma proposition ?
    - Pas encore…
    - Tu es sûre ?
    Je lui lance un regard impatient :
    - Je suis plus que certaine, une proposition comme celle-là ne se prend pas à la légère.
    - Ce qui veut dire qu’elle ne t’est pas indifférente.
    Je hausse les épaules :
    - Bien sûr que non. Voyons Youcef, essaye donc de comprendre. Je ne suis pas pressée de mettre mon pied à l’étrier, sans être sûre de ma destination.
    Il semblait déçu, mais se reprit :
    - Je… Heu… J’aimerais que tu saches que je ne suis pas aussi vieux jeu que tu ne le penses. Heu… Je veux dire… Je veux dire que si tu es en relation avec quelqu’un d’autre, je comprendrais, Je… Je ne veux pas te bousculer.

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 5e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Cette remarque me prend au dépourvu. Je me voyais très mal avec quelqu’un d’autre, et encore bien plus mal devant l’air confus de Youcef, qui me connaissait assez pour savoir que je n’irais pas par quatre chemins pour lui balancer les quatre vérités en face. Le fou rire que j’avais réprimé jusque-là me reprit. Cette fois-ci, je ne pouvais me contrôler. Mon rire éclata. Je riais sans retenue. Youcef sembla gêné devant mon euphorie. Il regarda autour de lui, comme pour chercher une aide, et constata que des gens assis à des tables voisines s’étaient retournés et nous regardaient. Alors il tendit la main et me donna une gifle.
    Le geste eut pour effet d’arrêter net ma “folie”. Mon rire s’était tari. J’essuyais du revers de la main mes yeux larmoyants, et je revins vers lui :
    -Désolée, Youcef, je suis tellement stressée ces derniers temps.
    Instinctivement, je porte la main à ma joue.
    -Je suis désolé moi aussi, rétorque-t-il, mais je n’avais rien trouvé de mieux pour stopper ton fou rire.
    Je ne répondis pas. J’étais embarrassée et honteuse de m’être donnée en spectacle. Ce n’était pas dans mes habitudes d’attirer les regards curieux sur moi.
    Je hausse les épaules :
    -Tu as fait ce qu’il fallait. J’espère que cela ne se reproduira plus.
    Il sourit :
    -Tu veux parler du fou rire ou de la gifle ?
    -Des deux.
    Il me serre le bras :
    -Oublie tout ça et revenons à nos moutons.
    -Pourquoi, nous avons des moutons ?
    -Oui. Et les nôtres sont bien particuliers.
    Il me toise, puis reprend :
    -On parlait de ma proposition. Si tu n’es pas trop nerveuse pour aujourd’hui, je souhaite discuter de ce projet qui nous concerne tous les deux.
    Je passe une main dans ma chevelure, puis pousse un soupir :
    -Tu voulais tout savoir de moi, et pourtant…
    -Et pourtant je connais tout de toi, me coupe-t-il. Je voulais juste savoir si tu n’as pas quelqu’un d’autre dans ta vie. Une question innocente.
    Je sais que tu n’aimes pas trop qu’on fouine dans ton passé, mais je ne veux pas tomber comme un cheveu dans la soupe.
    -Je n’ai rien à cacher ni dans mon passé ni dans mon présent. Toutefois, tu devrais savoir que comme toutes les filles de mon âge, moi aussi j’ai eu mes admirateurs.
    -Tu en as encore aujourd’hui. Mais pourquoi parles-tu donc au passé ?
    -Eh bien parce que depuis le lycée et l’université, je n’ai plus eu le temps de penser à sortir avec un homme. Je veux dire avoir un petit ami…
    -Tu n’avais pas le temps ou tu ne le voulais pas ?
    Je hausse les épaules :
    -J’avais trop peur de la déception.
    -Nous y voilà. Tu as donc été déçue par le passé.
    -Si on peut appeler une déception, un petit chagrin d’amourette.
    -Ce ne devait pas être un petit chagrin, puisque tu as tiré un trait sur ta vie amoureuse depuis.
    Je baisse les yeux, comme si dans la contemplation de mes doigts, j’allais trouver une meilleure réponse.
    -Il se trouve que j’ai connu quelqu’un alors que je sortais à peine de l’adolescence. Nous étions très épris l’un de l’autre, puis un jour hop, il n’y avait plus rien. Il était parti…
    -Où ça ?
    -Je n’en sais rien. Il avait tout simplement envoyé un petit mot d’excuses, me disant qu’on n’allait plus se revoir, et qu’il allait quitter le pays pour faire des études à l’étranger.
    -Parfait, c’était donc juste un passage à vide.
    Je secoue la tête :
    -Non, cela m’a fait tout de même très mal.
    -Tu parlais d’un chagrin d’amourette.
    -Oui, mais on ne le constate qu’avec le temps. Sur-le-champ, cela fait souffrir et je t’assure que je suis restée des journées sans rien avaler, non sans avoir transité par les idées de suicide. Je voulais attirer son attention.
    Je ne sais pas, j’étais une fan de Barbara Cartland et Danielle Steel. Tu vois à peu près. J’avais l’âge où tous les rêves étaient permis, l’âge des romans roses.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 6e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Youcef se met à rire :
    - Je te revois encore adolescente innocente et naïve, avec des cheveux longs et de l’acné sur le front, un Harlequin sous le bras.
    - Tout le monde passe par là…
    - Tout à fait ma chère. Moi aussi j’ai connu quelques amourettes de ce genre, cependant, vu notre âge, je pense qu’il est inutile pour nous de trop tourner en rond.
    Nous sommes des adultes consciencieux. Je voulais juste que tu partages ma vie.
    Le reste m’importe peu.
    Je hoche la tête :
    - Je tiens à te prévenir que je tiens beaucoup à ma liberté.
    - Moi aussi…
    - Que je n’aime pas trop cuisiner, ni procéder continuellement à des travaux ménagers.
    - Moi aussi…
    - Que je lis le soir jusqu’à des heures impossibles, voire même toute la nuit, que j’aime regarder des films d’action ou de science-fiction quand cela me prend, que je traîne pieds nus et en tenues débraillées les week-ends, et que parfois je dors toute la journée.
    - Moi aussi…
    Je relève le menton et le regarde bien droit dans les yeux :
    - Je ne plaisante pas…
    - Je n’en ai pas du tout envie moi non plus.
    Je tente de deviner s’il était sérieux ou s’il se payait ma tête :
    - Tu as entendu ce que je viens d’énumérer ?
    - Parfaitement.
    - Alors ?
    - Alors quoi ?
    - Eh bien, si tu es d’accord sur cet emploi du temps extraordinaire, et sur la vie de bohème que je mène…
    - Je suis d’accord sur tout ce que tu fais, et tout ce que tu veux faire. Je ne vois pas pourquoi je te demanderais de changer tes habitudes alors que les miennes sont similaires.
    Je repense à nos affinités. Mais oui, nous avions déjà comparé nos goûts et partagé nos habitudes.
    Youcef sourit :
    - Je ne sais pas ce qui te prend. D’habitude tu es moins loquace.
    - Je crois que c’est ta demande en mariage.
    - Elle est bizarre cette demande ?
    - Pas bizarre, mais inattendue. Tu m’as prise au dépourvu.
    Youcef prend un air sérieux :
    - Tu ne le comprends donc pas ? Je pensais que nous avions beaucoup de choses en commun.
    - Oui, mais il se trouve que nous sommes amis et…
    - Mais moi je t’aime, je serais jaloux et malheureux de te voir partager la vie avec quelqu’un d’autre.
    - Quoi !?
    La surprise m’empêcha d’aller plus loin. Youcef m’aimait.
    Cela me parut tellement inconcevable. Je l’ai toujours considéré comme… Je ne savais plus.
    Moi aussi je l’aimais !
    La certitude me foudroya.
    Encore une fois, en un laps de temps très court, je découvris que j’étais très attachée à Youcef.

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 7e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Je ne savais pas qu’on pouvait aimer quelqu’un sans le savoir…Un amour silencieux et secret, qui prenait racine au fond de notre être et ne se manifestait qu’au moment où nous ne l’attendions point.
    Youcef reprend :
    - Je ne pourrais pas supporter de te voir partir avec un autre… Dieu seul sait comment je vais réagir.
    Je prends un air détaché :
    -Et s’il y avait un autre homme dans ma vie ?
    Il hausse les épaules :
    -Cela m’aurait chagriné bien sûr, mais je sais être diplomate…
    -Ce qui veut dire… ?
    -Que j’aurais changé de travail pour ne plus avoir à affronter ton regard et à partager tes missions, alors que ton cœur bat pour un autre.
    Ce n’était pas possible ! Je découvrais une réalité, qui certes aurait pu me réjouir, mais qui me laissait perplexe sur bien des points… Depuis quand Youcef était-il amoureux de moi ? Depuis quand avait-il découvert ce sentiment qu’il avait réussi à maîtriser jusque-là ?
    Enfin, je doute fort qu’il l’ait maîtrisé, mais il n’en avait jamais parlé… Jamais, il ne m’avait fait sentir qu’il m’aimait… Ou bien est-ce moi qui n’avait rien vu ? Qui ne voulait rien voir ?
    Je me rappelais alors que Youcef n’avait jamais oublié mes anniversaires. Il était toujours le premier à me réveiller avec un “happy birthday to you” et à m’offrir le cadeau inattendu.
    Il y avait aussi cette entente entre nous. Malgré mon caractère nerveux, Youcef avait toujours su me calmer par un sourire, un geste, et mettre fin à ma colère par une simple blague ou une anecdote… Je n’en revenais toujours pas ! Je n’avais jamais douté de sa sincérité envers moi, ni de ses nobles intentions. Seulement, toutes ses révélations aujourd’hui tombaient sans crier gare dans mes oreilles !
    - Tu n’aurais pas changé de travail… Je ne te l’aurais pas permis, dis-je enfin pour rompre le silence qui s’était installé entre nous.
    - Ah bon ? Et qu’aurais-tu fait ?
    - Je n’en sais rien… Je n’aimerais pas te savoir loin de moi… Je veux dire que je n’aimerais pas travailler avec quelqu’un d’autre que toi. Je m’explique : lorsque nous nous sommes connus, tu avais déjà quelques années d’ancienneté… Alors je me suis dis que seule une personne comme toi pouvait m’aider. Puis le rédacteur en chef nous avait nommés d’office pour la culturelle, je ne pouvais que m’en réjouir. Bien plus tard, nous nous sommes appréciés sur bien des choses… Nous nous sommes découvert des affinités… Et puis la routine avais pris le relais… Je ne pouvais plus travailler avec quelqu’un d’autre.
    - Et moi, je sais que je ne pourrais pas vivre avec quelqu’un d’autre.
    Nous nous regardâmes un moment dans les yeux, puis je baisse les miens pour murmurer :
    -Puisque tu le dis…
    -Je le dis et je le répète : tu es la seule femme avec qui j’aimerais vivre.
    Vite dit, vite fait…Nous nous marions !
    La rédaction nous offrit deux billets pour la Grèce en nous recommandant de faire un reportage sur notre voyage de noces.
    Nous étions heureux comme tous les jeunes mariés. La Grèce est un pays merveilleux. Comme j’ai toujours été attirée par les choses du passé, je ne pouvais être mieux servie en monuments, légendes et histoires.
    Les cultures millénaires s’entrechoquaient dans un pays où chaque pierre pouvait narrer une anecdote.
    Je tins à visiter Athènes, Mélinas et l’Olympe. L’origine des Jeux olympiques me confirma que, de tout temps, il y avait eu des hommes qui avaient œuvré pour l’union des peuples et la paix dans le monde.
    Youcef était de mon avis… Il fut heureux que je sois une adepte de la paix… des ménages !
    Je souris :
    - Malin ça mon vieux. Je suis journaliste certes, mais aussi une femme qui refuse l’imposition… Tu m’as choisie. A toi donc d’en subir les conséquences.
    Les journées passent… Nous étions arrivés à la fin de nos vacances, et c’est avec une certaine mélancolie que nous préparons nos bagages pour le retour.
    Nous avions néanmoins volé sa couleur au soleil… Nous étions bronzés à souhait, et nous arborions tous les deux une mine radieuse, si bien que nos amis nous en firent des compliments.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 8e partie
    Par : Yasmine HANANE

    De retour à la maison, je me mets à tout ranger…Youcef m’avait ouvert la porte de son appartement, et je fus sidérée de constater qu’en matière d’ordre, il n’avait absolument rien à envier aux adolescents les plus acharnés.
    Les lieux étaient non seulement poussiéreux, mais du sol au plafond, rien n’était à sa place.
    Des revues et des livres jonchaient le parterre dans toutes les chambres, et même dans le couloir et la salle de bains.
    Le plan de travail et l’évier étaient inondés de vaisselle sale. Les meubles non entretenus arboraient une piètre mine, et dans tous les coins traînaient des boules de papiers.
    Youcef me lance d’une petite voix hésitante :
    -C’était l’appartement d’un célibataire… Je t’aiderai à tout mettre en ordre.
    -J’avoue que je n’en reviens pas. à te voir tous les matins si bien nippé, j’étais loin de me douter que tu vivais dans cette tanière.
    Il hausse les épaules :
    -Tous les hommes sont ainsi…Nous ne sommes pas tous des adeptes du ménage…Et puis toi aussi…
    Je lève la main pour l’interrompre :
    - Ne te compares surtout pas à une femme comme moi… Certes, il m’arrive de négliger mes tâches ménagères ou de laisser mes affaires traîner un peu partout, mais jamais je n’aurais pu vivre dans un tel désordre.
    Youcef m’entoure les épaules :
    - Je pourrais faire appel à une femme de ménage…
    - Non… Je vais tout remettre en ordre, et à compter d’aujourd’hui tiens-toi sur tes gardes : tu dois retirer tes chaussures à l’entrée, ne laisse pas tes vêtements traîner çà et là, pas de revues non plus dans toutes les chambres… Je vais aménager un petit bureau pour le travail et tu n’auras plus à jeter les papiers un peu partout. La cuisine aussi ne devrait plus ressembler à un champ de bataille. Compris ?
    Honteux, Youcef prend un air effaré :
    -Je vais devoir vivre dans une caserne désormais.
    -Oui… Et tu dois te plier strictement à la réglementation.
    Il se met au garde à vous :
    -à vos ordres mon colonel.
    Je me mets à rire :
    -Pas de formalités… Aide-moi plutôt à y voir plus clair dans ce labyrinthe.
    Il retrousse les manches, et nous nous mettons sans tarder au travail. Il avait fallu presque une semaine pour tout laver, frotter, ranger et ordonner.
    J’avais acheté des rideaux, des bibelots, des tapis, et refait la peinture.
    Au bout de notre peine, nous étions récompensés. L’appartement luisait de propreté et l’ordre régnait en maître.
    Je suspendais nos vêtements dans la penderie, et j’ai pu enfin déposer mes affaires dans la salle de bains et prendre un bain au sens propre du terme.
    Youcef était content. Il revint le soir avec un bouquet de fleurs, et une grande boîte de chocolat.
    -Pour me faire pardonner mes incartades, me dit-il en me tendant la boîte de chocolat avant de courir dans la cuisine chercher un vase pour les fleurs.
    - Tes chaussures ! M’étais-je mise à crier en le poursuivant.
    -Mes chaussures… Qu’ont donc mes chaussures ?
    Je pousse un soupir de lassitude :
    - Tu dois enlever tes chaussures à l’entrée, et mettre tes mules… Cela m’évitera d’avoir à passer l’aspirateur tout le temps sur les tapis.

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 9e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il prend un air affligé qui me fera éclater de rire :
    - Voyons Youcef, tu n’es plus célibataire… Je partage ta vie désormais… Je veillerais à ce qu’on vive dans la propreté et la quiétude.
    Il s’approche de moi et me prend dans ses bras :
    - Désolé… Je tenterais de me rappeler toutes tes instructions. Heu… ne dis rien… je comprends fort bien tes appréhensions… Je suis heureux de constater que ma petite femme est soucieuse de mon bien-être.
    Il me tendit le vase où il avait mis les fleurs. Ces dernières embaumèrent les lieux :
    - Des fleurs pour ma fleur…
    Je pris le vase pour le déposer sur la console du couloir avant de revenir à la boîte de chocolat. Je n’ai jamais pu résister devant des gourmandises.
    Je laisse mon mari se servir un café pendant que j’attaquais sans attendre les petites roches tendres et dorées.
    Je me sentais si heureuse. Youcef était un mari attentionné. Nous avions repris notre travail, et nos missions occupèrent tout notre temps. Parfois nous rentrions très tard. Alors, pour m’éviter la corvée de cuisine et de la vaisselle, il allait acheter notre dîner chez un traiteur, et n’oubliait jamais de remplir le frigidaire de fruits, fromages, yaourts, etc.
    Il était habitué à dormir très tard et lisait souvent la nuit. Pour ne pas me déranger, il remontait la couverture sur moi, avant d’aller s’installer tranquillement au salon.
    Souvent, je le retrouvais au petit matin endormi sur son livre.
    Notre vie s’écoulait paisiblement. Nous avions élaboré un programme quotidien des plus plausibles.
    Entre le bureau, les reportages, les courses, les travaux ménagers et les différentes tâches de dernière minute, nous trouvions tout de même le temps de rendre visite à nos familles respectives.
    Ma mère était surprise par ma métamorphose. Elle trouvait que j’avais changé sur tous les plans. Moi qui n’aimais pas trop les tâches ménagères, j’étais devenue une adepte de la cuisine et du nettoyage. Elle me trouve embellie et plutôt un peu amincie.
    - Tu ne dois pas avoir beaucoup de temps pour penser à manger convenablement.
    - Je mange bien maman, rétorquais-je, mais je dois faire attention à ma taille aussi. Youcef n’aime pas les femmes trop fortes.
    Elle rit :
    - C’est ça… suis les impulsions de ton cœur et les suggestions de ton mari.
    Je m’approche d’elle pour lui murmurer à l’oreille :
    - C’est ce que tu m’avais toujours conseillé… n’est ce pas.. ?
    Elle hoche la tête d’un air entendu :
    - Oui…une bonne épouse se doit d’écouter son époux, et répondre à toutes ses aspirations.
    Quelques mois passent. Comme je n’avais pris aucune précaution depuis notre mariage, ce qui devait arriver, arriva : j’étais enceinte.
    La nouvelle, si elle devait me réjouir, me laisse perplexe un moment. Je ne m’étais pas imaginée maman. Enfin pas dans l’immédiat. J’avais tant de projets à réaliser avant de penser à pouponner. Mais c’est arrivé !
    Youcef était fou de joie. Lui ne s’en faisait pas trop. Il me rassura en me disant qu’après tout, toutes les femmes actives ne sont pas dispensées de leur rôle initial, et qu’un enfant allait nous rapprocher davantage.
    Je commençais à donner des signes de fatigue. Je souffrais de bouffées de chaleur, de vertiges, et je déprimais sans savoir pourquoi.
    Mon médecin tenta de calmer mes appréhensions :
    - Rien de grave… vous souffrez des symptômes propres aux femmes enceintes. La nature est ainsi faite. Elle vous offre un cadeau, et vous devez en payer le prix. Ceci dit, vous allez vite vous habituer à votre état. Et puis, le jour où vous verrez votre bébé, tout cela ne sera pour vous qu’un vague souvenir.
    Je supportais tant bien que mal les aléas dus à mon état. Je ne pouvais plus me déplacer autant qu’avant, et on me proposa un travail routinier au bureau. Ce qui m’affligea davantage… Je n’aimais pas rester sur place à me morfondre bien que je devais faire face à des réunions et à des obligations rédactionnelles de manière régulière.
    Youcef, lui, se déplaçait tout comme à ses habitudes. Il avait des missions, des reportages et des couvertures assez régulières. Ce qui me frustrait davantage.
    Ma mère venait de temps à autre me tenir compagnie quand mon mari était absent. Nous discutions alors de nos obligations de femmes et des devoirs d’une mère. J’étais encore une novice dans le domaine, et j’avais tout à apprendre pour assumer mon futur rôle.

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 10e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Le bébé commençait à donner des signes d’impatience. Je le sentais bouger dans mon ventre. Parfois je recevais de sacrés coups de pied qui me laissaient pliée en deux.
    Youcef riait et me tançait :
    - Dis-lui de penser donc un peu à moi.
    - J’aimerais bien, figure-toi. Je ne sais pas si tu peux imaginer le poids à supporter et les malaises quotidiens auxquels les femmes enceintes doivent faire face.
    - Je les partagerais volontiers avec toi si cela m’était possible. Hélas, je ne peux rien faire.
    Les mois passent. La phase des envies dépassée, je me sentais beaucoup mieux.
    Mon ventre ne cessait de s’arrondir, et je devenais de plus en plus lourde. Mon médecin me conseilla de faire du sport et de marcher au maximum afin de préparer l’accouchement.
    Chaque fin de journée, Youcef m’emmenait marcher dans des endroits aérés. Quelques exercices physiques me permirent de garder un bon moral.
    Je devenais pourtant de plus en plus grosse et laide !
    Ah ! Le mot n’est pas assez fort, pour décrire mon visage boursouflé, mes yeux cernés, mon nez enflé, et mes jambes endolories, qui avaient perdu jusqu’à leur tracé.
    Que doivent endurer les femmes pour donner la vie ?
    Un calvaire !
    J’étais presque à terme. Mon médecin m’avait rassurée en me disant que tout allait bien, et que le moment venu, je devais accoucher normalement et dans les meilleures conditions.
    - Encore une ou deux semaines, et vous serez heureuse de bercer votre bébé dans vos bras.
    Je le pris au mot. De quoi aurais-je donc peur ? Que pourrais-je appréhender, puisque tout allait bien.
    Des jours durant, j’avais interrogé des femmes à ce sujet. 
    Ma belle-sœur m’avait dit d’un air affligé, qu’avec toutes les volontés du monde, toutes les futures mamans doivent passer par l’enfer.
    L’accouchement n’a jamais été une partie de plaisir et plus d’une femme y avait laissé sa vie.
    Mon inquiétude s’était accrue, alors que j’apprenais que l’une de nos collègues était restée trois jours dans un coma profond, suite à des complications durant son accouchement.
    D’autres témoignages vinrent noircir un tableau déjà pas trop beau.
    Des femmes de tout âge me racontèrent leur expérience.
    A la fin de leur récit, chacune d’elles tenta de me rassurer par des mots apaisants, mais pas tout à fait convaincants.
    Chaque fois que j’abordais le sujet avec Youcef, il prenait un air sévère et me sermonnait :
    - Cesse donc de glaner ces balivernes chez n’importe qui, tu oublies que tu es suivie par un spécialiste expérimenté dans le domaine, et que tu n’as rien à craindre d’une chose aussi naturelle que celle de donner la vie.
    Youcef n’était pas aussi serein qu’il voulait le paraître. Lui aussi appréhendait la fin de ma grossesse. Un jour, il se rendit même chez mon médecin pour lui poser certaines questions, et s’assurer que je pouvais mettre au monde un enfant, sans trop de difficultés. Lorsqu’il m’apprit qu’il avait reçu des instructions strictes et fiables afin de m’aider à bien mener ma grossesse, je me suis mise à rire.
    Je savais que Youcef s’inquiétait pour moi.
    Mais je ne m’attendais point à ce qu’il ose s’aventurer ainsi chez mon gynécologue pour discuter de mon état.
    - Voyons Youcef, je sais ce que je dois faire. Je ne dois pas me fatiguer, pas m’irriter, je dois bien manger, bien dormir et imposer mes caprices.
    Je tire ma langue :
    - C’est le moment ou jamais où les femmes doivent s’imposer. Lorsqu’on attend un enfant, nous les femmes devenons exigeantes et capricieuses, car après cela, il sera bien trop tard pour nous de réclamer un peu d’attention.
    Youcef m’attire contre lui :
    - Ne trouves-tu pas que tu es bien plus capricieuse que les autres femmes dans ton état? Et puis, ta grossesse à part, tu as toujours imposé tes quatre volontés. T’ai-je refusé quelque chose un jour ?
    Je hoche la tête d’un air affirmatif :
    - Oui, tu ne veux toujours pas enlever tes chaussures à l’entrée.

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 11e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il se met à rire :
    - Si c’est tout ce qui te préoccupe, je vais dès ce soir accrocher une note à l’entrée, afin de ne pas oublier ce détail. Je te le promets.
    Je mets ma main sur ses lèvres et il se met à m’embrasser les doigts :
    - Youcef, j’ai peur.
    - Tu ne devrais pas, voyons tu as si bien mené ta grossesse, et il n’y a plus rien d’inquiétant de nos jours à mettre un enfant au monde. Des milliers des femmes donnent toutes les secondes la vie sans problème aucun et…
    - Et des dizaines de femmes y laissent leur vie.
    Youcef se tût. Je l’avais interrompu par une vérité qui n’était pas à nier.
    Il me serre contre lui avant de me regarder dans les yeux et de lancer :
    - Le moment venu, je serai avec toi. Nous serions deux à combiner nos forces morales pour aider notre enfant à faire son entrée dans le monde.
    Je demeurais contre lui, en tentant de puiser un peu de réconfort dans ses caresses et sa force physique. Je sentais ses muscles me lier à lui et son cœur battre contre le mien. Un nouveau courage pénètre mon âme. Je me disais que si toutes les femmes refusaient de tomber enceintes par appréhension, le monde serait dépeuplé depuis la préhistoire. Nos mères et nos grands-mères avaient subi cette expérience sans broncher. Elles étaient plus courageuses et plus aptes à affronter leur destinée. Elles avaient “collectionné” les grossesses et les accouchements, avec abnégation, et sans aucune crainte.
    Youcef me murmure à l’oreille :
    - Tout se passera bien, ne t’inquiète pas.
    Je calculais hâtivement, il me restait encore une semaine ou deux avant le grand saut, un temps que je vais employer à réunir le trousseau du bébé et à me préparer psychologiquement.
    Nous étions en train de dîner. Youcef avait tenu à préparer lui-même un plat qu’il affectionnait particulièrement, les lasagnes.
    Je n’avais pas très faim. Mais ne voulant pas le froisser par un refus, je m’attablais devant mon assiette :
    - Attends, ne bouge pas, je vais te servir. Je suis certain que tu apprécieras mes lasagnes.
    Je pris ma fourchette et me mis à manger, alors que mon mari attendait mon avis :
    -Hum, c’est bon, mais je crois que tu n’as pas mis assez de sel.
    J’essuyais mes doigts à une serviette, tandis que Youcef goûtait d’un air connaisseur ses lasagnes.
    - Tu as raison, je crois que j’ai oublié de rajouter du sel à la sauce.Veux-tu me passer la salière, s’il te plaît ?
    Comme je ne pouvais pas me courber, je me levais pour lui tendre la salière. Une douleur suspendit mon geste, mon dos se déchira en deux, alors qu’un couteau tranchant me traverse le ventre. Je pousse un long cri et retombe sur ma chaise, tandis que mon mari accourt :
    - Tu ne te sens pas bien ?
    Je n’arrivais pas à prononcer un mot, mon cœur battait la chamade et une désagréable transpiration inondait mon corps. La douleur s’était estompée, mais je compris que le travail venait de commencer.
    Je regardais mon mari d’un air apeuré et suppliant :
    - Je crois que le moment est arrivé.
    Il tente de me calmer avant de courir dans notre chambre chercher mes affaires :
    - Tout se passera bien, tout se passera bien.
    Je le sentais tendu, sa voix était tremblante, il était désemparé. Avec effort, il me sourit :
    - Il sera bientôt là notre petit bonhomme.
    Je tentais de lui rendre son sourire, mais une autre douleur, bien plus forte m’obligea à m’agripper à lui. Je haletais :
    - Youcef, c’est terrible.
    - Cela ira, ne t’inquiète pas. Détends-toi
    J’étais sans forces. Youcef déposa mes affaires dans son véhicule, puis revint vers moi.
    Mes jambes ne me portaient plus. Il dut me soulever dans ses bras pour me déposer sur le siège arrière.
    Je me laisse aller un moment contre le coussin qu’il avait calé dans mon dos. Après tout, autant en terminer au plus vite. Le médecin s’était trompé, ses calculs n’étaient pas exacts. Je ne devais accoucher que dans une semaine ou deux.
    Mon cerveau s’arrêta de fonctionner. Je ne savais plus quelle journée on était ni à quelle heure.
    La nuit était tombée, la ville était illuminée. Youcef conduisait à cent vingt à l’heure. Fort heureusement, il avait actionné les feux de détresse. Je remarquais tout cela machinalement, alors que la douleur reprenait de plus belle. Je mordis mes lèvres jusqu’au sang pour m’empêcher de crier.
    À la clinique, une équipe me prit tout de suite en charge. On m’allongea dans la salle de consultation, où un médecin vint m’ausculter.
    À la vue de mon visage cramoisi et des grimaces douloureuses, il m’administra un sédatif. Un sédatif, pourquoi maintenant que j’ai besoin de toutes mes forces ?
    Je ne tardais pas à le savoir.
    On me conduisit vers une chambre attenante au bloc opératoire, et le médecin s’entretint un moment avec Youcef, avant de revenir vers moi et de m’expliquer que le bébé se présentait par le siège, et qu’une césarienne était indispensable.

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 12e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Je n’en revenais pas. Quelques jours auparavant, mon gynécologue m’assurait que tout allait bien.
    -Cela arrive, me dit le médecin, les surprises de dernière minute sont légion chez toutes les femmes sur le point d’accoucher. Dans votre cas, on pouvait espérer que le bébé face une balance et reprenne une position normale, mais vu son poids, je ne pense pas. Nous n’allons pas non plus essayer le forceps, car cela pourra nous prendre un temps précieux, et comporte de grands risques. Enfin la solution la plus sûre et celle qui comporte le moins de risques, c’est la césarienne.
    Une césarienne !
    Le mot résonna un moment dans mes oreilles.
    Youcef s’approcha de moi et me prit la main :
    -Voyons ma chérie, il n’y a rien à craindre. De nos jours, cette opération est des plus courantes.
    Je regarde tour à tour mon mari et le médecin. Puis reprenant mes esprits, j’émerge de ma torpeur :
    -Vous voulez dire que je ne pourrais pas prétendre à un accouchement normal ? Je ne pourrais pas entendre le premier cri de mon bébé ?
    Le médecin garde le silence quelques secondes avant de lancer :
    -Je vous comprends fort bien. Comme toutes les jeunes mamans, vous voulez sentir votre bébé contre vous dès la première seconde de sa naissance, mais hélas, il y a des circonstances fort complexes qui nous obligent à prendre d’autres initiatives. Je vous promets néanmoins de vous remettre votre bébé dès que vous serez en état de le prendre dans vos bras. La césarienne ne prend pas beaucoup de temps. Vous vous réveillerez quelques heures plus tard, en ayant l’impression d’avoir dormi d’un sommeil profond.
    -Et mon bébé, mon bébé, docteur, que ressentira-t-il ?
    -Absolument rien, il poussera comme tous les bébés le premier cri de sa délivrance. Une puéricultrice le prendra ensuite en charge pour lui prodiguer les premiers soins.
    Une puéricultrice ? Mon enfant sera remis à une personne étrangère tel un orphelin, c’est une autre femme qui le prendra dans ses bras pour l’habiller et le nourrir !
    Je sentis les larmes ruisseler sur mon visage. Youcef intervint encore :
    -Allons, allons, tu ne seras ni la première ni la dernière femme à accoucher par césarienne.
    Je hoche la tête :
    -Oui, oui, je le conçois. Je voulais seulement qu’on comprenne que ce bébé, je l’ai attendu. Je voulais tant…
    Les larmes me nouèrent la gorge et je ne pus terminer ma phrase. Youcef attendit que la crise passe puis fit signe au médecin :
    -N’écoutez que votre conscience docteur. Préparez-la à cette opération. Si nous attendons qu’elle cesse ses jérémiades nous risquerons d’y passer la nuit.
    -Bien, alors comme le travail vient de commencer, je pense qu’on pourra opérer aux premières heures de la matinée.
    Les premières heures de la matinée !
    Mais quelle heure était-il donc ?
    Je jette un coup d’œil à la montre bracelet de mon mari : minuit trente !
    Le médecin s’en va, et Youcef demeure à mon chevet. Il passe la main dans mes cheveux et me caresse la joue :
    - Allons, sois courageuse.
    - Je suis courageuse Youcef. Je l’ai été durant neuf mois. Et maintenant…
    Youcef me tint contre lui :
    -Ce n’est rien ma chérie. Je vais rester avec toi, hein ? Le fait de savoir que je suis là ne te confère-t-il pas une certaine sérénité, une certaine confiance ?
    Je hoche la tête :
    -Youcef, tu… resteras jusqu’à la fin de l’opération n’est-ce-pas ?
    -Non, je resterai jusqu’à ton réveil.
    -Tu verras le bébé avant moi.
    Il sourit :
    -Cela va de soi, je suis son géniteur. Oh ! du calme, j’ai dis ça pour plaisanter. Bien sûr que je verrai le bébé lorsqu’on le sortira du bloc, et je veillerai à ce qu’il soit bien traité, je te le promets. Je lui dirais que tu étais désolée, mais qu’un malentendu de dernière minute a retardé votre rendez-vous. Cela te va ?

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 13e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Je contemple mon mari un moment. Il avait l’air angoissé…Ses cheveux étaient collés à ses tempes et ses yeux était cernés…Tout comme moi, il ne s’attendait pas à cette tournure des évènements.
    -Je compte sur toi….Tu tenteras de programmer un autre rendez-vous pour nous deux dans la journée.
    -Essaye donc de m’en empêcher…..
    Epuisée, je me laisse aller contre mon oreiller. Le sédatif commençait à faire son effet, et le sommeil alourdit mes paupières.
    Lorsque j’ouvris mes yeux, il faisait déjà jour. Le sédatif s’était dissipé, et une douleur me déchira le ventre et le dos. Youcef s’était endormi sur une chaise. Il avait la tête ballante et les mains jointes dans un geste suppliant.
    Je tendis le bras et le secouais :
    -Youcef…Réveille –toi….
    Il sursaute et bondit :
    -Que se passet-il … ?
    La mémoire lui revint instantanément. Il s’approche de moi l’air inquiet :
    -Comment te sens-tu… ?
    -Pas trop bien…Mes douleurs reprennent….
    -je vais voir si le médecin peut faire quelque chose….
    Sans attendre la réponse, il court vers la porte, mais à ce même moment, une infirmière l’ouvrit en poussant une chaise roulante :
    -Oh…Excusez-moi…Je viens pour madame….
    Youcef s’efface pour la laisser passer, puis vint m’aider à m’installer dans la chaise et je m’agrippe à ses bras :
    -Youcef….J’ai peur….
    -Je suis là ma chérie…Rien de fâcheux ne t’arrivera.
    -Tu…Tu m’attendras ici… ?
    -Non..Je t’attendrais devant le bloc….Je ne vais pas quitter les lieux avant de m’assurer sur ton état.
    -Tu attendras mon réveil pour me dire comment est notre bébé….
    -Je te ferais un compte rendu de toute sa morphologie…
    Je fus tentée de revenir en arrière et de refuser cette césarienne….
    -Heu… Youcef….Et….Et si on rentrait à la maison…Je vais refuser cette opération….Je préfère revoir mon gynécologue…..
    -Vous n’en auriez pas le temps chère madame…..
    C’était le médecin qui venait à moi….Il avait entendu ma dernière phrase.
    - Vous n’irez nulle part….Chaque minute qui passe est trop précieuse pour votre vie et celle de votre bébé…
    L’infirmière me pousse à l’intérieur du bloc et referme la porte derrière elle.
    Je ne sais pas si j’étais en vie durant les deux heures qui suivirent, mais l’anesthésie aidant, il m’avait semblé que durant tout ce temps, mon corps n’était qu’un élément vide. Je n’avais gardé aucun souvenir, aucune sensation, aucune attache avec le monde réel….Tout comme les yogistes, on dirait que j’étais sortie de mon corps un moment pour vadrouiller quelque part. Où.. ? Je ne me rappelle pas.
    J’ouvris mes yeux sur un plafond blanc. Ma tête pesait une tonne, et ma langue était pâteuse. Je sentais des picotements aux niveaux de mes doigts et de mes orteils et un long trait brulant qui me traversait l’abdomen de bout en bout.
    Ma chambre baignait dans une pénombre et mes bras étaient reliés à des flacons de sérum et de sang.
    Un bouquet de fleurs déposé à mon chevet embaumait….C’était donc son parfum musqué qui emplissait mes narines, avant même que je n’ouvris mes yeux.
    Je tente de relever ma tête, mais un vertige m’en dissuada. Youcef remarque mon manège et s’approche de moi.
    -Enfin tu es réveillée….Je me demandais combien de temps tu allais encore dormir…
    Youcef était là… ! Il n’était pas parti…Je me sentais moins seule…
    Je me retourne vers lui :
    -Combien de temps ai-je dormi… ?
    -Je ne sais pas exactement…Une heure et demie, deux heures….Peut-être un peu plus depuis ta sortie du bloc.
    -Le bloc…. ?
    Tout me revient….Le bloc…La césarienne…le bébé…..

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  13. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 14e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Je m’agite… Je voulais me lever. Mais les mains puissantes de Youcef me retinrent :
    - Hé… doucement. Ne fais pas donc la gâtée. Que veux-tu donc faire ? Danser alors que tu sors à peine du bloc opératoire ?
    - Le bébé, Youcef… Mon bébé… Où est-il ? Il est mort ?
    Youcef comprend enfin mon impatience :
    - Le bébé est vivant et bien portant…C’est un beau garçon de 4 kg 200. Il est aussi beau qu’un petit ange.
    - Où est-il ?
    - A la nurserie. Où veux-tu qu’il soit ?
    - Je veux aller le voir…
    - Tu n’iras nulle part…
    La voix ferme de mon mari me ramène sur terre. Pardi, je venais d’accoucher par césarienne !
    Youcef reprend d’une voix plus douce :
    - On te ramènera ton fils dans un moment. Tiens-toi donc tranquille, tu vas provoquer des douleurs ou une infection.
    Le mot douleur me fait mal… Le mal de mon ventre reprend… J’avais envie de crier, de mordre dans quelque chose, ou cogner contre un mur.
    L’infirmière de service vint me prendre le pouls, et m’injecte quelque chose.
    Je me sentais mieux et lui demandais si je pouvais voir mon bébé.
    Elle acquiesce et sort, avant de revenir avec un paquet rose dans ses bras. Je sentais mes mains trembler. Es-ce vrai que cette petite chose mignonne est à moi ?
    Youcef se lève et prend le bébé pour le déposer au creux de mes bras. Je retins mon souffle. Non, mon Dieu… Je dois rêver. C’était trop beau pour être vrai…
    De mon index je me mets à caresser la touffe de cheveux couleur ébène qui surmontait le crâne de mon fils. Qu’il était beau ! C’était le plus beau bébé que j’ai jamais vu. Jamais !
    Il ouvrit toute grande sa petite bouche en forme de cœur et je demeure stupéfaite devant la petite grimace qu’il afficha.
    - Youcef… murmurais-je… Youcef, je le trouve … je le trouve magnifique. Et toi ?
    Youcef m’entoure les épaules et m’embrasse sur la joue :
    - Il est aussi beau que toi… Il te ressemble comme deux gouttes d’eau. J’en suis très fier.
    - Comment va-t-on l’appeler ?
    - Tu avais déjà prévu un beau prénom. Si je me rappelle bien, tu voulais l’appeler Mehdi.
    - Mais tu ne voulais pas de ce prénom, tu disais qu’il était trop anodin.
    - Tu l’appelleras Mehdi. Je ne m’opposerais pas à ta décision. Tu es en droit de choisir son prénom après tant de souffrances.
    J’étais heureuse… Si heureuse que j’oubliais jusqu’à ma souffrance physique. Je garde Mehdi un long moment dans mes bras. Je me sentais fatiguée mais je ne voulais pas me séparer de lui. Cependant, le bébé commençait à s’agiter.
    - Il doit avoir faim, me dit Youcef. Je vais appeler la nurse.
    Je lève une main suppliante :
    - Non… je veux le garder encore un moment.
    - Voyons…le petit est encore trop fragile…
    La nurse me prend le bébé, et je laisse encore couler mes larmes. J’étais devenue ces dernières vingt-quatre heures telle une éponge qu’on essorait. Où est donc passée la femme au caractère inébranlable que j’étais ?
    Je jette un coup d’œil inquisiteur à mon mari. Youcef était épuisé. Il arborait une barbe hirsute, ses yeux étaient cernés et ses joues creuses. Depuis la veille, il n’avait ni mangé, ni bu, ni pris du repos, encore moins une douche.
    - Youcef, tu devrais rentrer… tu es fatigué…
    Il passe une main lasse sur son visage :
    - Tu peux le dire, j’ai passé la journée la plus longue et la plus terrible de ma vie mais je suis heureux tout de même. Tu es sortie d’affaire, et nous avons un beau bébé.
    - Oui…Tu es tranquillisé en somme. Rentre à la maison pour prendre une douche et tâche de dormir un peu.
    Youcef se lève :
    - Je… je n’aimerais pas te laisser seule.
    - Ça ira… Je me sens déjà beaucoup mieux. D’ici ce soir tu pourras revenir si tu veux…

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 15e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Lorsque je revins de la clinique, je fus surprise de constater que toute la famille m’attendait. Youcef avait préfèré m’éviter trop de visite après l’intervention. Alors, en accord avec les autres, tout le monde avait décidé d’organiser une fête en mon honneur et celle du petit.
    On me félicite, on s’exclame devant la beauté du bébé, on prend des photos, on mange, on boit, on plaisante, on chante et on danse.
    Je ne tenais plus ! Le bébé n’était pas habitué à tout le vacarme qu’on faisait et donnait des signes de fatigue. Il n’arrêtait pas de s’agiter et de pleurer.
    Ma mère me le prend des bras et m’accompagne dans ma chambre. Elle me contemple un moment avant de lancer :
    - Je n’arrive pas encore à croire que la jeune fille insouciante et désordonnée est devenue maman. Et quel beau bébé !
    Je souris à ma mère :
    - Maman ! Le mot me semble un peu bizarre. Je n’arrive pas à admettre moi-même la chose.
    - Tu finiras par l’admettre ma fille. Tu vois que tu t’inquiètes déjà pour le repos et le confort du petit. L’instinct maternel ne trompe jamais.
    - Et toi ? Comment c’était pour toi ?
    Elle secoue sa tête :
    - Moi ? C’était une autre époque. J’étais encore une enfant. Alors tu imagines un peu, un enfant qui berce un enfant…
    Elle se met à rire :
    - Je ressemblais à ces petites filles qui jouaient à la poupée. Mais ma poupée à moi était réelle… Elle était en chair et en os. Fort heureusement, tes deux grands-mères étaient là pour me guider. .Je ne savais ni donner le sein ni changer les couches et encore moins tenir un bébé dans mes bras. J’avais peur de lui faire mal.
    Elle soupire :
    - Ce n’était qu’au bout de la troisième grossesse que j’ai pu enfin prendre moi-même l’initiative de m’occuper du nouveau-né… Je venais d’avoir mes 18 ans !
    Je hoche la tête :
    - Je me suis de tout temps demandée comment les femmes de ton époque réussissaient l’exploit de mettre chaque année au monde un enfant. Cela ne devrait pas être facile d’avoir plusieurs enfants en bas âge…
    - C’était l’époque où les familles vivaient en communauté. De ce fait, chaque jeune femme se devait de remplir son devoir de mère comme il se doit. La femme qui avait le plus d’enfants, et en particulier le plus de garçons, était la mieux considérée. C’était l’époque où chaque famille rêvait de voir son fils ou sa fille comblés par une nombreuse descendance pour assurer sa longévité et sauvegarder son patrimoine.
    - Heureusement qu’on n’en est pas encore là. Je ne sais pas ce que je serais devenue avec un enfant chaque année sur les bras.
    - Bof ! tu te serais pliée aux exigences de l’époque et tu aurais de ce fait accepté ton destin.
    Mehdi s’était endormi et je me sentais un peu mieux. Ma cicatrice ne me permettait pas de me plier. Je voulais prendre tout de suite une douche mais ma mère m’en dissuada :
    - Attends au moins une semaine… Laisse ta peau se refermer comme il se doit.
    - Je ne sais pas si je pourrais supporter davantage mon état. Je ne veux plus me laver tel un chat qui a peur de l’eau.
    - Qu’à cela ne tienne, dans quatre ou cinq jours je te ferais moi-même prendre un bain avec des herbes médicinales et des plantes odorantes.
    Les jours, les semaines, puis les mois passent. Mehdi grandissait et prenait du poids. Ma mère ne cessait de me prodiguer soins et conseils. Elle me rendait souvent visite et reconnaissait le moindre petit écart.
    Le bébé n’était pas assez habillé. Il pleurait, parce qu’il avait faim ou était fatigué… Non, il n’était pas malade… La rougeur de ses joues était due à la température ambiante, etc…
    Je tentais de suivre ses conseils, et mes premières hésitations ne furent plus qu’un mauvais souvenir. Je savais m’occuper désormais de mon bébé. Je savais le tenir correctement dans mes bras, lui faisait prendre tous les matins son bain, lui donner son biberon, et l’aborder.
    Youcef n’en revenait pas… A chaque minute, il découvrait en moi une nouveauté. J’avais décidé de prolonger mon congé de maternité de quelques semaines. Mon mari sortait seul en reportage et rentrait tous les soirs rompu de fatigue.
    Le jour où je devais quitter mon bébé pour reprendre mon travail arriva trop vite à mon goût. Ma mère proposa de venir chez moi tous les matins afin de s’occuper de son petit-fils, en attendant que je tombe sur une bonne nourrice.
    Me voici donc départagée entre mon travail, mon rôle de mère et d’épouse, et mes multiples travaux ménagers. Youcef cuisinait de temps à autre. Même si sa cuisine n’était pas des meilleures, je ne pouvais m’en plaindre, car cela me déchargeait d’une tâche des plus ardues.

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 16e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Souvent Mehdi se réveillait la nuit, et je devais me lever pour m’occuper de lui. Au petit matin, mon bébé s’endormait, alors que moi je n’avais pas fermé l’œil. Un calvaire pour une femme active.
    Je ne savais plus où donner de la tête. Jamais je n’avais imaginé, qu’un bébé pouvait autant bousculer ma vie et mes habitudes. Cette petite créature demandait à elle seule beaucoup de soins et énormément de temps.
    Pourrais-je tenir le coup ?
    Youcef me proposa une mise en disponibilité… Une année ou deux. Cela me permettra, me dit-il, de voir plus clair… du moins jusqu’à ce que Mehdi soit assez grand pour se dispenser de mes soins.
    Je réfléchis à sa proposition. Mais tout compte fait, avec un seul salaire nous ne pourrions pas faire face à toutes nos dépenses. Nous étions habitués l’un et l’autre à un train de vie assez aisé.
    La solution me vint d’une collègue qui me présenta une nourrice. Elle était jeune, mais avait assez d’expérience avec les enfants et pourra s’occuper de Mehdi comme il se doit. Mieux encore, elle se proposa de venir à la maison, et même d’habiter sous mon toit si cela m’arrangeait. Elle demandait un salaire assez raisonnable, et une journée de congé par semaine.
    Que pouvais-je souhaiter de mieux…?
    J’étais aux anges. Non seulement je pourrais reprendre mon travail sans aucune entrave, mais aussi et surtout, je serais rassurée sur la garde de mon fils que je n’aurais pas à trimballer tous les matins et tous les soirs. Mehdi restera au chaud dans son berceau et cette nurse tombée du ciel va s’occuper de lui et le prendre en charge tant que je serais à l’extérieur. Je ne vais pas la retenir pour la nuit. Non… je n’aimerais pas l’avoir dans mes jupons une fois rentrée chez-moi. Elle pourra cependant me seconder en certaines occasions. Par exemple lors de mes missions ou lorsque je dois sortir le soir, etc.
    - Ouf ! dis-je à Youcef, nous sommes enfin tranquille. Cette nurse est tombée au moment opportun, alors que je désespérais d’en dénicher une. La providence est avec nous.
    - Je suis content moi aussi de savoir que cette femme va venir chez-nous tous les jours. Elle a l’air d’être instruite et assez au courant des besoins d’un enfant en bas âge. Que trouver de mieux de nos jours, alors que les nurses deviennent de plus en plus exigeantes ?
    - Grace à Dieu je vais pouvoir donner libre cours à mes ambitions professionnelles.
    - Hum… et si… et si jamais nous avons un autre enfant ?
    - Quoi ? Oh non ! Pas avant longtemps. Je viens à peine de me relever d’une césarienne ; et puis même si ce n’était pas le cas, je crois que je n’aimerais pas avoir un second enfant avant cinq ou six ans.
    - Aussi long que ça ?
    - Pas assez long à mon goût. Je viens de découvrir qu’un enfant demande beaucoup d’attention et beaucoup de soins. Ce qui signifie beaucoup de temps et de patience.
    Pour trouver du temps et avoir de la patience, il va falloir espacer les naissances, car avoir deux bébés sur les bras, ne doit pas être chose aisée.
    Youce sourit :
    - Tu penses à tout sauf à moi.
    - Pourquoi ?
    - Eh bien, tu ne demandes même pas si je suis d’accord sur ce que tu viens d’avancer.
    Je sors de mes gonds :
    - Mon cher, un enfant se fait à deux certes, mais il se trouve qu’il est porté par un seul. Seule la femme doit supporter les neuf mois de grossesse, les douleurs de l’accouchement, et les aléas qui viennent après. Alors si l’un des conjoints est le plus concerné dans cette affaire, c’est bien la maman. Non… arrête, n’ajoute rien… Ne fais plus aucune remarque là-dessus, car c’est décidé, je ne veux plus d’enfant avant cinq ou six ans, si ce n’est plus.

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 17e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Youcef fait la moue :
    - Mehdi se sentira bien seul.
    -Non, je vais le mettre à la crèche dans une année. Il grandira avec des enfants de son âge.
    Il se racle la gorge :
    - Tu as tout planifié à ce que je vois.
    - Et alors ?
    - Je pensais que lorsqu’un couple est marié, il doit prendre des décisions en commun.
    - Qui a dit le contraire ?
    - Toi.
    - Hein ?
    - Oui, tu prends des décisions, et tu planifies l’avenir de notre famille, sans prendre en considération ni mes aspirations ni mon avis.
    Je sentis la moutarde me monter au nez :
    - Allons donc Youcef, que vas-tu chercher là ? Je suis une mère, et comme toute mère consciencieuse, je pense à l’avenir de ma famille. C’est pour cela d’ailleurs que je voulais espacer les naissances.
    - Tu vas aussi décider du nombre de nos enfants.
    Je hoche la tête :
    - Bien entendu. Je n’aimerais pas en avoir plus de deux. Mon travail et mes occupations quotidiennes et même nos moyens ne nous permettront pas d’aller plus loin.
    Youcef me regarde un moment en silence, puis lance :
    - Je vais peut-être te surprendre, mais j’espérais avoir bien plus d’enfants.
    - Non, deux suffiront largement. Pense un peu aussi au coût de la vie qui augmente de jour en jour.
    Il hausse les épaules :
    - Nous voici devant un dilemme. Je pensais qu’on avait des affinités dans tous les domaines et voilà que tu me surprends. Moi j’aime les enfants.
    - Moi aussi, figure-toi, mais tu vois bien que j’ai dû passer par le bistouri pour ma première expérience, et je n’aimerais pas la renouveler.
    - Hum, je te comprends fort bien, seulement tu n’es ni la première ni la dernière femme à accoucher par césarienne.
    - Tu ne m’apprends rien là-dessus. Vous les hommes êtes tous les mêmes. Vous êtes tous des égoïstes. Aucun d’entre vous ne pourra imaginer, ne serait-ce qu’une seconde, les aléas d’une grossesse et les douleurs d’un accouchement. Vous êtes les plus gâtés aussi, car vous recevez les bébés sur un plateau d’argent, et sans même sentir une égratignure. C’est pour cela que vous êtes arrogants à souhait et insouciants pour la plupart.
    Emportée par ma colère, je débitais n’importe quoi. Youcef m’interrompt d’une voix ferme :
    - Arrête !
    - Hein?
    - Arrête de dire des sottises. Nous les hommes, n’avons pas eu non plus à choisir notre destinée, la nature nous a elle-même désignés pour jouer notre rôle tel qu’elle l’avait conçu pour nous. Je rends hommage à toutes les femmes, et à ma mère en premier, pour cette noble mission dont elles ont la tâche et…
    - Tu rends hommage aux femmes. Tous les hommes disent ça, pour se disculper.
    - Non, tu te goures, je ne me disculpe pas. Je n’ai pas à me disculper. Et de quoi donc veux-tu m’inculper ?
    - De tout, de ton ignorance envers moi, de ton insouciance. Tu ne t’occupes ni du bébé, ni des courses, ni de la maison. Tu es constamment à l’extérieur et, en plus, tu me fais une scène parce que je veux planifier les naissances.
    - Tu ne les planifies pas, tu veux les limiter.
    - Exact ! Et je ne vois pas où est le mal lorsqu’une femme active comme moi prend les devants pour tracer l’avenir de sa famille car elle n’aimerait pas se faire prendre les pattes dans les couches d’une demi-douzaine de bambinos.
    - Et si moi je veux une demi-douzaine de bambinos ?
    - Eh bien, tu ne les auras pas avec moi.
    - Très bien ! Rappelle-toi seulement ce que tu viens de dire.
    - Je me le rappellerais, ne t’inquiète dons pas, je n’ai pas encore l’Alzheimer.

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  17. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 18e partie
    Par : Yasmine HANANE

    C’était notre première dispute déclarée. Je me mets au lit et tire la couverture sur mon visage. Youcef s’empare de son oreiller et alla se coucher au salon.
    Je rabats la couverture et m’assois dans mon lit, non sans avoir pris le soin d’éteindre la lumière. Mehdi dormait profondément dans sa petite chambre. Je me lève sur la pointe des pieds pour aller jeter un coup d’œil sur lui.
    Mon fils suçait son doigt.
    Un véritable petit ange. Je lui caresse la joue, puis les cheveux. Mon enfant semblait paisible dans son sommeil…Il souriait.
    Il fronçait les sourcils puis souriait encore. Je pouvais rester ainsi des heures à le contempler.
    Fatiguée et déçue par le comportement de mon mari, je rejoignais ma chambre en espérant trouver un semblant de repos. Je me levais plusieurs fois dans la nuit pour aborder Mehdi, changer sa couche ou lui donner son biberon…Ce n’est que vers l’aube, que je pu enfin fermer les yeux.
    Youcef boudait. Il avait refusé de prendre son petit-déjeuner et était sorti très tôt. La nurse arriva à l’heure et je pu me préparer moi aussi pour entamer ma journée. Heureusement que j’étais véhiculée !
    J’arrive à la rédaction et me rendis tout de suite dans le bureau du red’chef pour lui demander de me donner de la matière pour la journée. Je voulais éviter Youcef… surtout pas de sortie avec lui aujourd’hui. Heu…c’était un peu mesquin de ma part de mélanger les navets et les choux mais il se trouve que mon coéquipier était mon propre mari et la source de ma mauvaise humeur.
    Qu’à cela ne tienne. Je tombe sur un sujet qui se rapporte aux femmes actives et à leurs préoccupations…C’est comme si le hasard me tendait une perche. Je prends à cœur ce sujet. Je me rendis dans plusieurs administrations, les écoles, en passant par les femmes d’affaires, les politiciennes et les candidates aux législatives…!
    Je rédige un long et profond article sur le thème. Toutes les femmes étaient unanimes : les hommes ne pensent qu’à eux. Elles, elles doivent se débrouiller seules pour tenir leur foyer, mettre des enfants au monde, les élever, suivre leur scolarité, et même assurer leur avenir…Que fait l’homme dans tout ce labyrinthe ?
    Elles répondirent toutes presque à la même enseigne : il se cherche une autre femme…Il court derrière un autre jupon…L’homme est insatiable…Il veut retrouver sa mère dans toutes les femmes qu’il rencontre… On vire alors vers le complexe d’Œdipe ou le talon d’Achille. L’homme veut toujours plus…Il n’attend pas d’être servi, il se sert lui-même, et c’est toujours la malheureuse femme qui casque. Elle est aussi souvent maltraitée et traitée de tous les noms, elle est battue et humiliée. Des femmes heureuses de pouvoir s’exprimer délièrent leur langue. Une petite hésitation, un petit silence de circonstance, puis un clin d’œil complice :
    “Vous êtes une femme… vous comprenez… ils sont gentils, les hommes, juste au début d’une idylle…Au début d’une union…puis…plus rien. On boit le calice jusqu’à la lie à cause d’eux. Même ceux qui se prétendent évolués, cultivés et compréhensifs sont de mèche avec les autres, il n’y a que de la façade qui trompe… les apparences…l’alter égo…
    Au fur et à mesure de mes investigations, je découvrais un monde que j’ignorais jusque-là. Un monde fait de femmes battues et malheureuses, de femmes traînées devant la justice, destituées de leurs droits, jetées dans la rue, ou répudiées sans aucune assurance ni garantie quant à leur avenir ou celui de leurs enfants…Et on parle des droits de la femme ! Où sont-ils donc ces droits ? Où est la parole sacrée qui redonnera la place à la femme dans une société à prédominance masculine ?
    Même ces dames de fer, comme on les appelle, se trouvent être juste un échantillon qu’on brandit pour montrer que les hommes ne sont pas aussi mauvais que ça, et qu’ils ont tout de même été tolérant jusqu’à permettre à ces “meneuses” d’atteindre le sommet de leur carrière et l’apothéose de la réussite.
    Mais ces femmes elles-mêmes souffrent de leur situation sociale.
    Elles en parlent, entament des débats, discutent, proposent des solutions…Mais en fin de parcours, personne ne les écoute réellement…Elles sont applaudies, adulées et deviennent celles sur lesquelles on peut compter…Hélas ce n’était que chimère !

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 19e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Une fois les lampions éteints, elles redescendent de leur podium et on les oublie.
    Je notais. Je ne cessais de noter les impressions des unes et les confidences des autres. Elles sont toutes révoltées, mais elles préfèrent passer la vérité sous silence, car elles ont peur !
    Oui, peur ! Qui va s’occuper d’elles donc ? Qui va les protéger ? Les lois ? La justice ? Chacune d’elles en connaissait déjà un bout, un exemple… Telle voisine, telle cousine, telle amie… Aucune d’elles n’avait eu le courage d’aller jusqu’au bout, car la famille veille au grain… Lequel ? Eh bien dans une société comme la nôtre, vaut mieux éviter la foudre masculine. Après tout, nos aïeules avaient bien supporté leur condition, n’est-ce pas ?
    Je n’en revenais pas… Mais enfin, que devrais-je penser ? Ces femmes que j’admirais. Ces femmes qui ne courbent pas l’échine devant les hommes, ni les bras devant le travail titanesque qui les attendait m’avaient avoué dans un chuchotement leur impuissance.
    Tout ce qu’on pouvait raconter sur les droits de la femme était juste un mirage… Même dans les plus grands pays du monde et les plus développés, la femme passe sous le joug de l’homme. Combien sont-elles à avoir détruit leur vie et leur avenir à cause de ce dernier ? Quelques-unes allèrent même jusqu’à verser des larmes de rage et d’impuissance… Grrrr…
    Le poing serré, elles ne pensent qu’au jour où elles pourront prendre leur revanche.
    “Nos grands-mères vivaient mieux que nous, me dirent quelques-unes… Elles, au moins, avaient un seul but dans la vie : fonder une famille. Elles, au moins, avaient eu la chance de tomber sur des hommes capables de les entretenir et de subvenir à leurs besoins… Du moins étaient-elles à l’abri des humiliations et des intimidations… à leur époque, les hommes avaient des moustaches et les tiraient à la moindre incartade…
    C’était le geste symbolique de l’honneur. Ils étaient durs mais justes, ils étaient pauvres, mais riches de leur expérience de la vie et de leur sens des responsabilité… Jamais ils n’avaient dépassé les bornes de leurs masculinité.
    De nos jours, l’homme compte sur sa femme pour subvenir à ses besoins, et par-dessus le marché, au lieu d’être aidée et épaulée, elle est humiliée et maltraitée.”
    Mon papier provoquera à n’en pas douter des réactions, me dis-je en suçant mon stylo. Je relis mes notes… On dirait que le fait de m’être accroché avec Youcef a provoqué un déluge.
    Des femmes comme moi se livrent quotidiennement et sans discontinuité au plus vieux combat du monde. C’était toujours l’homme l’instrument de leurs malheurs.
    Combien sont-elles à avoir abandonné leurs études à cause d’un père ou d’un frère acariâtres.
    Combien sont-elles à ne pas avoir connu une salle de cours de leur vie ? On dit que la femme instruite provoque la foudre… Oui… C’est ça… Certains esprits fermés le pensent réellement.
    Et puis combien sont-elles à avoir essuyé le refus d’exercer une profession après avoir décroché brillamment un diplôme ? J’en connaissais beaucoup de ma promotion.
    Tiens, Youcef aussi m’avait demandé de prendre une mise en disponibilité pour élever Mehdi. N’était-ce pas un prélude de sa part pour m’empêcher de reprendre mon job sous prétexte que mon fils avait besoin de moi ? Et puis avec son idée d’avoir plusieurs enfants et une famille nombreuse, je pouvais tirer toutes les conclusions. Si des femmes comme moi pouvaient au moins imposer leurs idées, d’autres battaient en retraite, car la bataille n’en valait plus la peine… Il faut savoir choisir, ne cesse-t-on de leur répéter.
    En voulant exercer une fonction, la femme voulait s’affirmer. Elle pensait ainsi pouvoir reprendre les rênes et mener le chariot à bon port. Hélas ! L’affaire ne s’avéra pas aussi aisée qu’elle l’espérait.
    Alors qu’elle se réjouissait d’avoir gagné la partie en accédant à l’instruction et au monde professionnel, elle se retrouva prise entre le marteau et l’enclume. Certes, le savoir lui permettra d’avoir des ambitions et d’égaler l’homme sur le terrain du travail et de la recherche, mais cette “liberté” devint conditionnelle.
    La femme active est désormais vue par l’œil “pécuniaire” de l’homme. Elle est souvent sommée de verser l’intégralité de son revenu mensuel, au risque de se voir interdite d’exercer son métier, ou, pis encore, de sortir de chez elle. Une aberration pour ces malheureuses qui avaient cru retrouver dans leur vie conjugale ce qu’elles avaient tant recherché auparavant : une compréhension et un soutien.

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  19. Artisans de l'ombre Dit :

    Illusion 20e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Pourtant, et pour ne pas noircir davantage le tableau, quelques femmes confirmèrent leur statut de mère et d’épouse, en parallèle à leur profession.
    Pourquoi ? Eh bien, quelques-unes d’entre elles nous répondirent qu’elles avaient dès le début pris le taureau par les cornes afin de remettre les pendules à l’heure. Loin s’en faut, elles devinrent elles-mêmes ce pilier central sur lequel on pouvait s’appuyer. Celles-là sont celles qui ont su mener leur barque, car leurs époux avaient compris que pour gagner la confiance et l’amour d’une femme, il fallait la traiter autrement.
    Tel que le précisait d’ailleurs Mahatma Gandhi dans ce dicton : “Si j’étais une femme, je me rebellerais contre toute prétention qu’émettrait l’homme de faire de sa femme son jouet. Je n’ai réussi à pénétrer dans le cœur de ma femme que le jour où j’ai décidé de la traiter autrement que je ne l’avais fait jusqu’alors. J’ai compris que l’épouse n’est pas l’esclave du mari, mais sa compagne et sa collaboratrice.”
    Je regarde mes feuillets noircis par mon écriture penchée. L’article était presque terminé.
    J’entendais un bruit de serrure et jette un coup d’œil à ma montre : il était presque minuit. Youcef n’avait pas l’habitude de veiller assez tard. La nurse était partie vers dix-huit heures, alors que je revenais de la rédaction. Je voulais rester seule avec Mehdi. Je savais que Youcef allait tarder, mais pas jusqu’à cette heure-ci.
    Il traverse le couloir, chaussures aux pieds bien sûr, et se dirige vers la salle de bains sans un regard vers la chambre.
    Je l’entendais prendre sa douche en chantonnant. Je reprends mon travail. J’avais relevé certains détails, souligné d’autres, et entamé un premier paragraphe sur mon ordinateur.
    Mehdi se met à pleurer et je cours vers sa chambre. Youcef m’avait précédée. Je ne l’avais pas entendu sortir de la salle de bain.
    Il prend le petit dans ses bras et se met à le bercer. Mehdi se rendort. Youcef me jette un coup d’œil furtif avant de le remettre dans son lit, puis me toise un instant avant de se diriger vers la cuisine. Il ouvrit le frigidaire puis le referme en haussant les épaules. Il avait vraisemblablement déjà diné.
    Je hausse les épaules moi aussi. Je n’avais pas cuisiné, ni même rien mangé depuis le matin. J’étais tellement absorbée par la rédaction de mon texte que je ne me suis pas rendue compte que mon estomac gargouillait.
    Youcef traîne ses pattes au salon puis se laisse tomber sur un fauteuil et allume la télé. Je me rendis alors dans la cuisine pour réchauffer un reste de soupe aux légumes. Je sortis une salade variée du frigidaire, du fromage et des fruits.
    Je dépose le tout sur la table et me mets à manger. Youcef vint se verser un grand verre d’eau et prend une pomme avant de retourner au salon.
    Tout en mangeant je réfléchissais… Mehdi était encore petit et avait besoin de toute mon attention…
    Je suis contrainte de travailler et de partager mon temps entre mon fils et mes reportages.
    J’avais compris que je ne pouvais pas compter sur mon mari. Notre dispute de la veille était un prélude à tout ce qu’il avait l’intention de m’imposer.
    Moi aussi j’aimais les enfants. Qui n’aime pas les enfants ? Mais pas au point de sacrifier ma carrière. Je ne suis pas celle qui va fermer les yeux sur les longues années d’études, les stages et les formations, pour se consacrer aux enfants et à la cuisine. Youcef le savait pourtant. Nous avions travaillé ensemble avant notre mariage et il connaissait mes ambitions. Pourquoi ce revirement de situation ?
    Je repense aux femmes que j’avais rencontrées. Elles étaient formelles dans leurs réponses : tous les hommes ou presque changent après le mariage… C’est pour cela, d’ailleurs, qu’il y avait autant de divorces ces dernières années.
    Je découpe un morceau de fromage et me mets à le mastiquer distraitement. Ma mère était fière de moi. Oui, elle était heureuse de me savoir heureuse. Je lui parlais souvent de Youcef, et elle ne cessait de me répéter que je ne pouvais tomber sur un parti meilleur.
    Pour elle, un homme tel que mon mari était tout ce qu’on pouvait espérer pour sa fille. Il travaillait dur, avait son appartement, son véhicule, et me permettait de sortir et de travailler, etc.
    Et aujourd’hui que pensera-t-elle de lui si elle apprenait qu’il voulait une demi-douzaine d’enfants et qu’il espérait me voir m’occuper d’eux ? De ma carrière, il n’en avait cure…
    Je pousse un soupir avant de me lever. Je me sentais épuisée. Ma journée avait été longue. J’aurais pu oublier ma fatigue si Youcef… Je secoue ma tête : pas de faiblesse. Non… pas de faiblesse. Il faut savoir tenir. Si je ne tiens pas aujourd’hui, je ne pourrais plus jamais tenir ni m’en sortir. Je m’étire. Mes muscles étaient “soudés”. Cela faisait bien belle lurette que je n’ai pas pensé à reprendre le sport.
    Par paresse ou manque de temps ? Les deux peut-être…

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