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Là où tout est silence par Aissa Hireche

12 avril 2012

Aissa Hireche

Comme chaque matin, se tenant debout, elle tente de regarder le monde en s’aidant des mains pour ne pas être éblouie. Elle remarque que le soleil est de plus en plus difficile à supporter. Est-ce à cause du changement climatique ? Est-ce à cause des espoirs insensés qui prennent le chemin du ciel ? elle ne sait pas. Elle ne sait plus, à vrai dire ! Elle tente de pousser un cri mais aucun bruit ne sort. 

Depuis qu’elle est là, elle ne s’est jamais sentie aussi mal à l’aise que ces derniers temps. Il lui arrive souvent, trop souvent même, de croire entendre les cris des peuples. Des voix affaiblies lui arrivent à longueur de journée, des plaintes étouffées envahissent ses nuits et elle respire au rythme d’interminables soupirs qui semblent jaillir des entrailles du temps, comme de mauvais souvenirs qui la rattrapent, comme une conscience qui veut se repentir. Mais ce qui l’incommode le plus c’est cette odeur chaude qui, elle ne sait pas pourquoi, lui rappelle le sang.

Elle sait que les peuples ne la haïssent pas. Elle sait aussi qu’ils ne l’aiment plus. Plus comme avant en tout cas. Et pas comme elle est. Elle le sait, et cela lui donne un drôle de pincement quelque part… la démocratie, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, ne sait plus quoi faire. Elle traine depuis longtemps déjà un sentiment de culpabilité qui lui empoisonne les jours. Elle ne sort le matin que pour essayer de comprendre ce que disent toutes ces voix qui meublent son temps. Qui lui arrivent de partout et dont elle ne comprend pas le sens.

Pourtant, et elle s’en souvient encore, on lui avait dit qu’elle allait être aimée, chérie, portée aux nues… parce qu’elle n’était conçue que dans le but d’aider les faibles, les oubliés et le petit peuple, de manière générale, à faire entendre sa voix et à donner son avis sur ce qui le concerne. On lui affirmait qu’elle allait être adulée par les minorités qu’elle défendait et par la majorité qu’elle seule était capable d’enfanter. Aujourd’hui elle a comme le sentiment d’avoir été flouée, pervertie au point de ne ressembler qu’à un long et ennuyeux mensonge bricolé puis détourné, debout et à la va-vite, par les voleurs et les charlatans de l’humanité.

Elle sourit à l’idée qu’on avait conçu, rien que pour elle, des élections. Cet accessoire qui devait l’aider à accomplir sa tâche. Une sorte de bâton de Moïse, de bague de Salomon… un bâton de pèlerin, quoi. et sur lequel elle devait s’appuyer pour accomplir son miracle… Avec le temps, et après toute une vie, elle comprit le subterfuge. A des élections on peut faire faire ce qu’on veut. Les élections du matin diffèrent de celles du soir. Le vote du Nord n’a rien à voir avec celui du Sud. Les consultations hivernales ne ressemblent en rien à celles automnales. Voter pour vivre est tout à fait différent de voter pour mourir… Elle ne savait pas qu’il y a mille et une manières d’utiliser un accessoire malléable à souhait et flexible à volonté. Certains excellent tellement dans sa manipulation qu’ils n’hésitent pas à inscrire dans les constitutions de leurs pays, et contre toute logique, la possibilité de prétendre un nombre illimités de mandats. A plus de 85 ans, c’est-à-dire à zombie moins un, certains sont en train de briguer un mandat quelque part. même la démocratie en ressent une honte et ne peut que baisser les yeux. A bien réfléchir, maintenant elle se rend compte que la plupart des gouvernants ne proviennent jamais de la majorité écrasante qu’est la jeunesse, mais plutôt de cette minorité de vieillards malades et presque séniles. Elle ne comprend pas par quel tour de main, et grâce à elle, c’est toujours la minorité qui gouverne alors qu’on lui avait fait croire le contraire. Comme quoi un bâton, même lorsqu’il est de pèlerin, c’est un bâton et il peut bien servir de bâton de sorcière !

De toute façon, ce n’est pas la première fois qu’elle en ressent de la gêne. Il lui est arrivé de faire sortir les gens dans la rue pour dire leur aversion pour la guerre, pour l’injustice, pour le mépris et à chaque fois les peuples ont été regardés comme on regarde des irresponsables ou des aliénés.

Toutes les guerres n’ont eu lieu que grâce à des mensonges. Tous les génocides aussi. La colonisation sur laquelle est bâtie l’actuelle supériorité de certaines contrées n’a été possible que grâce au mensonge. Les élections, presque toutes et partout, sont emballées dans le mensonge et la perversité. Et si c’est un noir qui les emporte, pour la première fois, c’est pour rendre le mensonge encore plus comestible à ceux auxquels on en sert chaque jour dans les plats roués de la République !

La démocratie sait à quel point ils lui ont fait faire des atrocités. Au Vietnam, elle avançait Napalm en main, en Irak elle dansait sur les tourelles des chars, et récemment en Lybie elle pilotait des bombardiers lorsqu’elle ne lançait pas des missiles… En son nom, des innocents sont assassinés sur tous les continents, les pires des exactions sont constamment commises et les plus incroyables des écarts sont consentis. Pour propulser sa propre démocratie, tout est bon et tout passe. Et peu importe si, chemin faisant, on s’en va de nuit tirer sur des gens, de paisibles afghans qui dormaient insoucieux, loin de se douter de ce que la démocratie peut être capable d’enfanter !

Les couloirs sombres de l’hôpital nauséabond de l’humanité deviennent exigus devant le nombre de malformations congénitales. Et elles ont, pour la plupart, quelque chose à voir avec la démocratie. Il y a ses enfants illégitimes, certes, mais aussi et surtout ses vices et ses victimes. Tous ces enfants irradiés ici et là, brûlés là et ailleurs, et que certains appellent sans pudeur des « dommages collatéraux » sont portés au registres des crimes commis, avant tout, au nom de la démocratie. Cette démocratie qui, maintenant, se trouve piégée par ses concepteurs. Et qui ne peut que regarder le monde, tout au plus, en réajustant ses sous-vêtements tâchés.

Elle ne peut rien contre ceux qui l’ont conçue. Elle ne peut qu’acquiescer ou se suicider. Et même le suicide ne lui est permis que sous conditions. Alors, elle doit se taire ou s’exploser, et elle a fini par opter pour le silence… de toute façon, et pour être sûr qu’elle ne pourra jamais rien dire, ses concepteurs lui ont coupé la langue dès le premier jour… Depuis, elle sort chaque matin pour tenter, en vain, de comprendre ce que les voix essaient de lui dire depuis le fin fond des temps…elle essaie de pousser un cri mais n’arrive rien… Jamais il ne sortira rien de la bouche de la démocratie. Les gens, les petites gens bien sûr, continueront longtemps à se demander le matin, devant leur miroir mal essuyé, s’il s’agit d’une véritable frustration de n’avoir jamais pu se prendre en charge, ou simplement d’un fantasme refoulé. En tout cas, il leur arrive, de temps en temps, de croire percevoir quelques faibles cris, surtout le matin, et quelque chose leur dit que ce sont là les cris que la démocratie voudrait bien pousser… mais déjà dire qu’on entend des cris, c’est mal vu, si en plus on va prétendre que ce sont ceux de la démocratie… Alors mieux vaut tout garder pour soi… Comme quoi il y a des choses où tout est silence !

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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